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L'amour maternel : science et connaissance

 

De plus en plus de travaux constatent que la façon dont les bébés sont maternés déterminera non seulement leur développement émotionnel, mais aussi la maturation biologique de leur système nerveux central. La nature de l'amour, et la façon dont il se développe, est devenu un sujet d'études depuis une décade, dans des disciplines aussi diverses que la neurologie, la psychiatrie, la biologie, l'éthologie, l'anthropologie et la neurocardiologie. La principale conclusion de toutes ces études est que le cerveau de l'enfant est modelé par son environnement. Le bébé naît avec un équipement de base, mais l'environnement, et en particulier celui des premiers mois, jouera un rôle crucial dans la façon dont se développera le système nerveux.

Dans son livre, L'amour scientifié, le Dr Michel Odent explique comment une hormone hypophysaire, l'oxytocine, est impliquée dans les comportements d'amour. Cette hormone stimule les contractions de l'utérus pendant l'accouchement, puis déclenche l'éjection du lait pendant l'allaitement. L'oxytocine est impliquée dans toutes les facettes de l'amour, depuis l'acte sexuel jusqu'au partage d'un repas entre amis. L'oxytocine fait partie d'un équilibre hormonal complexe. Une sécrétion soudaine d'oxytocine induit une impulsion d'altruisme qui sera dirigée de façon différente suivant le contexte hormonal. Par exemple, en présence d'un taux élevé de prolactine, cette impulsion sera dirigée vers le bébé.

Si l'oxytocine est l'hormone de l'altruisme et la prolactine celle du maternage, les endorphines constituent notre « système de récompense ». Chaque fois que nous faisons quelque chose qui est bénéfique pour la survie de notre
espèce, nous sommes récompensés par la sécrétion d'endorphines, dit Michel Odent. Pendant l'accouchement, leur taux s'élève, et après la naissance il est très élevé chez la mère et le bébé, afin de créer un état de « dépendance »
entre la mère et son bébé, qui assurera un attachement fort. Toute situation où le lien mère-enfant ne se crée pas est probablement en rapport avec une anomalie au niveau de la sécrétion des hormones appropriées. La partie de notre
cerveau impliquée dans ces processus est le système limbique, siège des émotion, équivalent du cerveau reptilien. L'allaitement, le portage et le co-dodo, pratiqués par la plupart des mères vivant dans un pays non industrialisé,
et de plus en plus dans les pays industrialisés, permettent deux des composantes principales nécessaires à l'attachement mère-enfant : la proximité et le toucher.

Le nourrisson est très immature, et a besoin de la proximité immédiate et permanence d'une personne qui prendra soin de lui. Porter un enfant est bon pour son cerveau. C'est aussi bon pour son cour. Des études ont constaté que des cellules cardiaques isolées fibrillaient. Mais si 2 cellules cardiaques étaient mises en contact, elles se synchronisaient et battaient à l'unisson. On a aussi constaté que la plupart des mères portaient leur enfant du côté gauche, du côté de leur cour. Certains auteurs estiment que les battements du cour de la mère, perçus par l'enfant, ont un impact sur le cour de l'enfant et sur son cerveau, ainsi que sur le cerveau de la mère, par le biais d'une hormone, l'ANF, produite par le cour.

La carence de contacts physique a un impact désastreux sur le développement des jeunes enfants. Le toucher est indispensable à la santé. Une carence en contacts physique induit la sécrétion d'hormones de stress, qui pourront
endommager définitivement certaines structures cérébrales, et induire dépression, violence, toxicomanie, anomalies du système immunitaire. Depuis la préhistoire, les bébés ont habituellement bénéficié d'un contact physique plus ou moins constant avec leur mère ou avec une autre personne pendant leur première année ; depuis les temps les plus reculés, les bras de la mère sont le lieu où sont les bébés la plupart du temps, l'endroit où ils dorment, où ils mangent, où ils sont transportés. Pendant les mois qui suivent la naissance, les neurones du cerveau du bébé forment un nombre considérable de connections ; le nombre de synapses culmine aux alentours de 2 ans. Une des choses les plus cruciales pour le bon développement neurologique est le toucher. Tous les mammifères semblent le savoir instinctivement, et la mère reste en permanence avec ses petits autant que faire se peut. A la naissance, la taille du cerveau représente seulement 25% de sa taille adulte. L'augmentation importante de la taille du cerveau chez le bébé serait la raison pour laquelle le petit humain naît aussi immature, à un moment où sa tête peut encore passer par le canal vaginal. Ashley Montagu estime que la gestation humaine est d'environ 18 mois : 9 mois dans l'utérus, et 9 mois en « extérogestation ». Pendant ces 9 mois hors de l'utérus, le petit a un besoin vital de contact physique. Toutes les femelles mammifères lèchent vigoureusement et régulièrement leurs petits, afin de les stimuler.

Le lait maternel est de l'amour liquide. L'allaitement apporte à l'enfant l'aliment qui lui est parfaitement adapté, ainsi que le contact physique étroit dont il a besoin. Le lait humain apporte des nutriments spécifiquement adaptés à la croissance du cerveau humain. Qui sait quel impact peut avoir un aliment non prévu par la nature sur la mise en place de comportements dépressifs, violents ou asociaux, parce que le cerveau n'a pas reçu les nutriments qui étaient nécessaires à son développement harmonieux ?

Une équipe a décrit la régulation limbique, la synchronisation des échanges hormonaux entre la mère et l'enfant. Notre physiologie n'est pas totalement indépendante. La présence des autres favorise notre santé physique et émotionnelle. La régulation limbique règle l'interdépendance sociale chez les mammifères de tous âges, mais les jeunes ont particulièrement besoin de cette régulation, sans laquelle leurs rythmes physiologiques ne fonctionneront pas correctement. Elle a un impact sur les taux d'hormones, la fonction cardiovasculaire, les rythmes de sommeil, le système immunitaire. Lewis et al pensent que le rythme cardiorespiratoire de la mère joue un rôle important dans la régulation des rythmes physiologiques de l'enfant.

Nos sociétés occidentales valorisent l'indépendance, et ont oublié que l'interdépendance joue un rôle important dans notre physiologie. Tout particulièrement chez les enfants. Ces derniers ont besoin d'une période de dépendance. Mais notre culture déprécie les relations interpersonnelles, et ne reconnaît pas l'importance et la valeur du lien mère-enfant. La capacité de la mère d'être en symbiose avec son bébé est plus vieille que l'espèce humaine, et elle est essentielle à notre survie, à notre santé et à notre bonheur. Ce contact étroit génère la sécrétion d'endorphines, qui renforcent l'amour réciproque. Si l'enfant n'obtient pas auprès de sa famille les relations étroites dont il a besoin, son cerveau sera « en manque d'endorphines », et il sera tenté de compenser ce manque par l'alcool ou les drogues. Plus nous en apprenons sur l'amour, et plus l'importance du lien mère-enfant et la nécessité de le protéger et de le favoriser deviennent évidentes.

 

Source: The science of mother love : is science catching up to mother's wisdom ? C Young.
Mothering march-april 2003 ; 107.

Traduit et Publié par LLL France

 

 

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