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Conseils pour apprendre les lettres, voire plus, avant le CP

 

Voici des conseils donnés par une orthophoniste :

" Par convention, « l’heure » d’apprendre à lire correspond en théorie à l’entrée au C.P, moment où la scolarité devient obligatoire, ce qui se situe dans l'année des 6 ans de l’enfant.
Dès 1936, les travaux de Jean Piaget ( célèbre psychologue suisse) montrent que la pensée de l’enfant passe par différentes étapes, et que sur un plan pédagogique, je cite : « L’enfant ne peut apprendre que s’il est apte à construire les schémas lui permettant d’assimiler les connaissances que l’on veut lui transmettre ». Piaget situe vers 7 ans cette phase, appelée « des opérations concrètes ». (voir :
http://www.yrub.com/psycho/piaget8.htm )
Tout semble donc requis pour que l’école atteigne son objectif de maîtrise de la lecture sur l’année de C.P, objectif globalement atteint pendant plusieurs décennies.

Sous l’impulsion en France de Célestin Freinet, un mouvement (d’ampleur internationale) qui visait à instaurer une « éducation nouvelle » s’est développé jusqu’à se répandre uniformément durant les 30 dernières années. La technique est révolutionnaire dans son approche des enseignements.
Malheureusement, l’approche du langage écrit préconisée par la pédagogie Freinet et autres méthodes globales semble mettre en œuvre des conduites intellectuelles supérieures, qui font partie de ce que Piaget nomme stade d’équilibre final, ou encore stade des « opérations formelles » et qui se situe à partir de 11 ans – 12 ans.
Il est évident, qu’à de rares exceptions près, l’expérience ne pouvait mener qu’à la catastrophe. (et ce dans tous les pays où elle a été tentée, de l’Amérique du Nord à l’Australie, en passant par l’Union Soviétique… et les pays d’Europe, il va sans dire)
On a bien sûr tenté de corriger le tir, en proposant des méthodes mixtes. Par définition, toutes reprennent une part plus ou moins importante de l’approche globale de l’écrit et ne peuvent en aucun cas aboutir à ce qu’on attend d’elles, même si leur taux d’échec est un peu moindre que celui des méthodes purement globales.
De cette bien triste expérience, il est à retenir que l’enfant est parfaitement capable d’apprendre à lire au C.P, à condition de présenter cet enseignement sous une forme compatible avec le niveau de développement de sa pensée.
C’est exactement le cas de la méthode syllabique, si longtemps utilisée avec des résultats très satisfaisants, et qui de ce fait, retrouve progressivement la faveur des parents, les rééducateurs spécialisés ne l’ayant, quant à eux, jamais abandonnée (et ayant toujours condamné les approches globales, y compris provisoirement globales…)
Aujourd’hui on constate que les enseignants de CP, en très forte majorité et pour des raisons diverses, se refusent à utiliser la seule méthode appropriée à l’âge des enfants dont ils ont la charge. ( euh…..la seule appropriée qui n’ait plus à faire ses preuves du moins !)
En conséquence de quoi, il revient aux parents d’intervenir pour le bien de leur enfant.
Et j’imagine aisément Mr Freinet se retournant dans sa tombe, lui qui voulait l’égalité des chances pour tous et avait formellement interdit aux parents de se mêler de la scolarité de leurs enfants !
En tant qu’êtres humains, nous sommes désolés de savoir que certains enfants n’auront pas cette chance, mais en tant que parents, nous nous devons de faire notre possible pour éviter à nos enfants de se retrouver en échec.

Faire QUAND et faire QUOI ?


Il n’est selon moi pas possible de dissocier ces 2 questions, puisque la formule adéquate dépend de l’enfant lui-même (notamment de sa maturité) et du but que l’on se fixe.
Sachant que :
1) L’enfant qui « arrive » en primaire est presque toujours enthousiaste à l’idée d’apprendre à lire, mais qu’il se trouve confronté au langage écrit de la façon la plus complexe qui soit dès sa première semaine de C.P.
2) Cette approche déroutante (au moins pour lui) le conditionne négativement en lui faisant croire d’emblée que lire = mémoriser.
3) Il est beaucoup plus facile d’éduquer que d’avoir à ré-éduquer.

Dès lors, il s’avère nécessaire d’agir AVANT l’entrée au C.P., dans tous les cas où l’enfant ne présente pas d’entrave manifeste à l’apprentissage de la lecture.

Apprendre à reconnaître les lettres de l’alphabet est l’aide minimum que l’on puisse proposer à l’apprenti lecteur, et il est souhaitable de débuter cet apprentissage dès l’arrivée de l’enfant en G.S. de maternelle, point de départ du cycle 2 des apprentissages fondamentaux. Car ainsi qu’il est souligné par certains intervenants, la présentation globale de l’écrit débute le plus souvent en G.S., voire 2 ans auparavant, ainsi que je l’ai personnellement constaté lorsque mes enfants étaient en maternelle.
Si l’on manque de temps, ou si l’on se refuse à empiéter outrageusement sur le rôle de l’enseignant, on peut se limiter strictement à cet apprentissage. Auquel cas, il n’est pas nécessaire d’avoir entre les mains une « méthode » de lecture, mais l’utilisation d’un jeu de lettres mobiles, (magnétiques ou non), sous forme de capitales d’imprimerie (lettres majuscules), est grandement recommandée. (Pouvoir tenir une lettre dans sa main, la toucher, et du bout des doigts suivre le corps de la lettre facilite l’apprentissage)
Soyons clairs : Il ne s’agit pas de faire apprendre et réciter l’alphabet par cœur à l’enfant !
Il s’agit d’obtenir de lui, petit à petit, une connaissance et une reconnaissance instantanée, sans aucune hésitation, des 26 lettres de notre alphabet. L’ordre d’apprentissage n’est pas, dans ce cas, d’une importance primordiale.
Mieux vaut malgré tout, au départ, enlever la lettre X, car c’est la lettre mystère et on l’apprendra en tout dernier lieu. On choisit donc 2 lettres, (une voyelle et une consonne ) et lorsqu’elles sont bien reconnues, on en ajoute une 3ème (voyelle), puis une 4ème (cons.) et ainsi de suite jusqu’à les avoir toutes apprises.
A l’issue de l’apprentissage, l’enfant doit pouvoir identifier chaque lettre en les piochant au hasard dans une boîte, par exemple, ou en cherchant à les retrouver sur une étiquette de bouteille d’eau, d’huile, ou flacon de ketchup ou de shampooing.
Si l’enfant se prend au jeu, on peut dans un 2ème temps lui enseigner ces mêmes 26 lettres en écriture script ( l’écriture des livres), et également les chiffres de 0 à 9.
En tant qu’orthophoniste, je ne préconise pas de limiter l’apprentissage à la seule acquisition des lettres et des chiffres, et plutôt que « Apprendre les lettres de l’alphabet avant le C.P. », l’intitulé « Initiation à la Lecture avant le C.P. » me paraît plus conforme aux réalités vécues dans les expériences rapportées sur ce forum ou d’autres.
Quoi qu’il en soit, je pense que le seul apprentissage des lettres, même si l’on fait le choix de s’y limiter strictement, est préférable à ne rien faire du tout.
Par ailleurs, j’abonde à 200% dans le sens de ma collègue V. qui dans un message du 24/11/2003, s’exprime en faveur de l’apprentissage du son des lettres, et non pas de leur nom dans l’alphabet. Ainsi, il sera bien plus profitable à l’enfant de savoir que la lettre de forme C fait le bruit « k », de même que la lettre de forme Q, de même que la lettre de forme K. A l’étape qui consiste juste à appréhender les différentes lettres, il est inutile de compliquer la situation, chaque chose venant en son temps.

Pour les parents (et les enfants) que cette approche minimale ne séduit pas, il est bien sûr possible d’aller plus avant dans la découverte du langage écrit. Dans ce cas, un manuel d’apprentissage de la lecture est fortement conseillé, pour ne pas dire indispensable.

L’approche syllabique ayant largement fait ses preuves auprès d’enfants de 6 ans à peine, voire plus jeunes, elle est plus que recommandée pour enseigner la maîtrise du mécanisme de la lecture.
L’étape de l’association de 2 lettres, puis 3, pour former une partie de mots (syllabe) est un tremplin capital vers le déchiffrage (et sera GRANDEMENT utile lorsque l’enfant devra écrire le discours oral). Plus le déchiffrage deviendra aisé et fluide, plus la compréhension du texte se trouvera facilitée et accessible à la conscience de l’enfant.
Si l’on désire parvenir à ce stade avec l’enfant, un manuel est donc nécessaire pour guider les parents, et suivre une progression logique dans l’apprentissage. Dans ce cas, il n’est plus question d’apprendre toutes les lettres avant de débuter. L’ordre d’apparition des lettres devient très important, bien qu’il ne soit pas identique dans tous les manuels, puisque chaque auteur a sa propre conception de la difficulté à surmonter et son idée sur le moment opportun de la présenter à l’enfant.
Pour ma part, je pense que l’essentiel est de faire comprendre le mécanisme de la lecture, et il m’apparaît souhaitable que ce moment survienne rapidement. Je ne suis pas la seule à le penser, puisque V. écrivait le 25/11/2003 : « Dieu merci, l’enfant évolue avec sa lecture et une fois le mécanisme compris……les choses vont beaucoup plus vite et … » D’autres intervenants l’ont également constaté, et je souscris totalement.

Le choix d’un manuel plutôt qu’un autre n’est pas à mes yeux d’une importance capitale, dans la mesure il mettra en relief, dès le départ, le principe d’association des lettres, et l’un, ou l’autre, ou un troisième vous permettra d’arriver au résultat attendu. Choisissez si vous le désirez le manuel dont les illustrations et la présentation de chaque page vous inspirent, à moins que vous ne « flashiez » sur les exercices qui seront demandés à l’enfant……
Le plus important me paraît être que le manuel qui vous servira de support et de guide attire votre sympathie d’une façon ou d’une autre : Rappelez-vous que c’est à travers VOUS que le livre agira sur l’enfant, et si le livre VOUS plaît, vos petites séances de complicité avec votre lecteur en herbe auront lieu dans la bonne humeur, et le résultat en est acquis d’avance……Ayez confiance en vous ! Avec entre les mains un manuel d’approche syllabique, quel que soit son nom, vous êtes en sécurité. Enfin,….. c’est juste mon avis.
Au demeurant, je n’ai jamais lu de témoignage d’un parent ayant échoué dans son entreprise d’initiation à la lecture avant le C.P. Le point commun à tous les parents est d’utiliser un manuel d’Approche Syllabique. N’y a-t-il eu aucun échec, ou les parents n’ont-ils pas témoigné ? C’est là toute la question, et si vous en connaissez la réponse, il serait bien agréable et utile de nous en faire part.

En résumé et pour répondre à la question initialement posée :

- Oui, il est devenu très souhaitable d’aider son enfant dans l’apprentissage de la lecture.
(Si vous avez affaire à un enseignant récalcitrant, rappelez alors que vous ne faites que suivre les nouvelles directives gouvernementales…)

- Dans la mesure du possible, il est préférable de ne pas s’arrêter à la simple « présentation des lettres », mais de se fier à un manuel pour faire comprendre à l’enfant le mécanisme de la lecture.

- Plusieurs méthodes sont à disposition du public intéressé. Leur nom « scientifique » importe peu, pourvu que ces manuels proposent, dès le départ, l’apprentissage de quelques lettres isolément puis associées par 2 puis 3 sous forme de syllabe.

- Faites confiance aux auteurs de ces méthodes et ayez confiance en vous-mêmes.

- Adaptez votre vitesse de progression au rythme propre à votre enfant. Ne sautez pas les étapes, et assurez-vous qu’une leçon est vraiment bien acquise avant de passer à la suivante.

- Il ne s’agit pas d’une course contre la montre (vous disposez d’une année !), mais il n’est aucune raison d’empêcher un enfant de progresser rapidement s’il assimile vite et qu’il est demandeur (euh…….les 2 vont souvent de pair !)

- Pas de panique si l’enfant ne manifeste aucun intérêt pour ce que vous souhaitez obtenir de lui. L’essentiel est d’agir dans la bonne humeur, et le « travail » que vous faites avec lui doit d’abord être un plaisir et un jeu, pour vous autant que pour lui. Par ailleurs, pour les enfants apparemment « réfractaires » à l’apprentissage de la lecture, il existe plusieurs façons de contourner le problème et de lever les barrières. Si certains intervenants veulent témoigner de ce type de difficultés, cela pourrait constituer une base de départ pour une nouvelle discussion.

- Rappelez-vous encore qu’il est beaucoup moins difficile d’apprendre à lire que ne le laissent supposer les résultats peu glorieux obtenus par l’Education Nationale. En revanche, il est difficile de prétendre utiliser des compétences qui ne sont pas encore à la portée des enfants de 6 ans. Pour exemple, le jeu de « Master Mind », jeu de logique par excellence, qui fait appel à un raisonnement par hypothèses et déductions, du même ordre que le raisonnement sollicité lors d’un apprentissage de la lecture selon une méthode globale. (Faites le test avec un enfant de 7 ou 8 ans sachant déjà lire, et dites-nous s’il est capable de « dominer » le jeu de Master Mind, …soit en ne répondant pas au hasard !)

- Enfin, tous les conseils que je me suis permis d’énoncer un peu longuement, et je m’en excuse, sont destinés à des enfants ayant approximativement atteint l’âge de 5 ans. Il est parfaitement possible d’agir plus précocement, mais le niveau de développement de la pensée de l’enfant nécessite alors une approche du langage écrit radicalement différente. Plus l’enfant est jeune, plus le procédé doit éviter l’appel à un raisonnement, aussi simple soit-il. Ce procédé existe et donne des résultats spectaculaires, mais n’est pas l’objet de mon propos du jour.

Merci de votre attention. "

 

 


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