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Les bébés ont faim d'amour
Georges est
psychiatre et il
vient d'avoir un
deuxième fils. Il a
mal dormi la nuit
dernière parce que
son gamin se
réveillait en
pleurant.
Georges me parle de
sa théorie sur
l'éducation des
bébés, surtout la
nuit : « Une fois
que tu as vérifié
qu'il n'a ni trop
chaud ni trop froid,
qu'il est au sec et
qu'il a été nourri,
un bébé n'a plus de
besoin biologique
légitime. Tu peux
donc le laisser
pleurer : ce n'est
que de la
manipulation ! »
Cette attitude est
très ancrée dans
notre psychologie
collective. La
preuve : personne ne
trouve d'argument
solide à lui
répondre. Pourtant,
elle est
complètement
démentie par les
expériences sur ce
sujet.
Retour aux années
50. Au moment où la
psychologie
comportementale
affirmait que nous
agissions tous en
fonction des
"récompenses" et des
"punitions" que
nous recevions, se
déroulait une
expérience majeure
de la psychologie
moderne sur des
bébés singes. Elle
allait prouver que
ce raisonnement
était trop
simpliste. Dans ce
qui devait devenir
l'un des plus grands
laboratoires de
recherche sur les
primates, le
professeur américain
Harry Harlow
commença par étudier
des bébés singes
quelques semaines
après leur
naissance.
Jusqu'alors, il
avait toujours paru
évident que si ces
créatures passaient
tant de temps dans
les bras de leur
mère, c'était pour
s'assurer un accès
libre au lait
maternel. La
"récompense" que
constituait la
nourriture «
renforçait le
comportement
d'approche » du
bébé.
Harlow, lui, regarda
les choses autrement
: et s'il s'agissait
d'un besoin
biologique d'amour ?
Pour approfondir sa
théorie, Harlow
inventa un
appareillage
ingénieux : une
cage, chauffée et
éclairée, dans
laquelle il installa
des petits singes
mais aussi deux
fausses mamans en
grillage, dont la
forme rappelait le
corps d'une femelle.
La première était
dotée de mamelles en
plastique reliées à
une bouteille de
lait maternel : il
suffisait de les
téter pour être
nourri. La seconde
n'offrait pas de
nourriture, mais
était recouverte
d'une chaussette de
laine cachant une
résistance
électrique, pour
simuler le contact
et la chaleur du
corps de la mère.
Les petits singes ne
quittèrent presque
pas les bras de la
fausse "maman-chaussette",
qui jouait le rôle
de doudou, ne s'en
séparant que pour
aller se nourrir, et
ce, le plus
rapidement possible
pour retrouver au
plus vite
"l'affection" du
bout de laine ("The
Nature of Love" de
H. F. Harlow in "American
Psychologist" 13:
673-685, 1958).
Auteur: David
Servan-Schreiber
Depuis, on ne compte
plus les études
montrant les
conséquences graves
de l'isolement des
bébés - singes ou
humains - à la
naissance. Il est
désormais clair que
la stimulation
affective est aussi
indispensable que
celle du langage
pour le
développement des
différentes
structures du
cerveau du
nourrisson (1). Le
besoin d'amour est
donc bien un besoin
biologique, au même
titre que les
autres, sinon plus.
1- "Toward an
Interpersonal
Neurobiology of the
Developing Mind :
Attachment
Relationships,
Mindsight, and
Neural Integration"
de D. J. Siegel in
"Infant Mental
Health Journal"
22(1-2): 67-94,
(2001).
Professeur de
psychiatrie, David
Servan-Schreiber a
fondé et dirigé un
centre de médecine
complémentaire à
l'université de
Pittsburgh, aux
Etats-Unis
contact:
contact@mamansmusulmanes.com
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