Recommandation :
L'allaitement maternel exclusif1 est recommandé pendant les six
premiers mois de la vie chez les nourrissons nés à terme et en santé
étant donné que le lait maternel est le meilleur aliment permettant
d'assurer une croissance optimale. À partir de l'âge de six mois, on
recommande de donner au nourrisson des aliments solides ayant une
teneur élevée en nutriments, plus particulièrement en fer [3], tout
en poursuivant l'allaitement maternel jusqu'à l'âge de deux ans et
même au-delà [4].
1 Selon la définition de l'OMS [5], on entend par allaitement
maternel exclusif la pratique consistant à nourrir un bébé
exclusivement de lait maternel (incluant du lait maternel qui a été
extrait). On peut également donner au bébé des vitamines, des
minéraux ou des médicaments. L'eau, les substituts du lait maternel,
les autres liquides et les aliments solides sont toutefois exclus.
Justification
En 2001, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a modifié sa
recommandation relative à l'allaitement maternel exclusif pour faire
passer la durée de celui-ci à six mois plutôt que quatre à six mois
[6]. Avant d'aller dans le sens de cette recommandation, Santé
Canada a examiné soigneusement les preuves scientifiques présentées
par l'OMS ainsi que d'autres données récentes pertinentes, à la
lumière du contexte canadien. L'allaitement maternel exclusif
jusqu'à l'âge de six mois confère une protection additionnelle aux
nourrissons contre les infections gastro-intestinales. Les
nourrissons nés à terme et en santé qui sont allaités exclusivement
au sein jusqu'à l'âge de six mois ont un taux de croissance et un
statut en fer similaires à ceux des nourrissons allaités
exclusivement au sein pendant trois à quatre mois, puis
partiellement allaités au sein jusqu'à l'âge de six mois. Le peu
d'études consacrées aux autres effets sur la santé de l'allaitement
maternel exclusif jusqu'à l'âge de six mois, plutôt que quatre mois,
ont eu des résultats non concluants, insuffisants, ou n'ont pas
démontré de différence substantielle.
Voici les principales données examinées par Santé Canada en vue
d'appuyer sa décision d'aller dans le sens de la recommandation de
l'OMS.
Effets sur la santé du nourrisson
Infections gastro-intestinales
Certaines études démontrent que les deux mois additionnels
d'allaitement maternel exclusif (à savoir six mois plutôt que quatre
mois) confèrent aux nourrissons une protection additionnelle contre
les infections gastro-intestinales pendant ces deux mois.
Une importante étude prospective menée au Belarus, où on observe des
conditions sanitaires semblables à celles du Canada, démontre que
les nourrissons allaités exclusivement au sein pendant six mois ou
plus présentent une diminution statistiquement significative du
risque d'infections gastro-intestinales (au moins d'une occurrence
ou plus), comparativement aux nourrissons allaités exclusivement au
sein pendant trois mois, puis partiellement allaités au sein jusqu'à
l'âge de six mois [7].
Croissance
Les données disponibles à l'heure actuelle démontrent un taux de
croissance et une composition corporelle similaires chez les
nourrissons nés à terme et en santé qui sont allaités exclusivement
au sein pendant six mois et ceux allaités exclusivement au sein
pendant trois à quatre mois, puis partiellement allaités au sein
jusqu'à l'âge de six mois [8].
Fer
Selon les données scientifiques disponibles, la déficience en fer ne
représente pas un problème chez la plupart des nourrissons nés à
terme et en santé qui sont allaités exclusivement au sein pendant
six mois [3,9]. Il faut introduire des aliments solides ayant une
teneur élevée en nutriments, plus particulièrement en fer, à partir
de l'âge de six mois.
Effets sur la santé de la mère
Réapparition plus tardive des menstruations
Certaines études démontrent que la réapparition des menstruations
est retardée lorsque l'allaitement maternel exclusif est prolongé de
deux mois. Suite à l'examen des résultats d'études menées au
Honduras (1998), Kramer et Kakuma [8] ont conclu que la possibilité
de réapparition des menstruations avant six mois est plus faible
chez les femmes qui allaitent leur bébé exclusivement au sein
pendant six mois, comparativement aux femmes qui allaitent leur bébé
exclusivement au sein pendant quatre mois et le nourrissent ensuite
partiellement au sein jusqu'à l'âge de six mois. Parmi les avantages
résultant de l'absence de menstruations pendant une période plus
prolongée, mentionnons un plus grand espacement des naissances et
une réduction des pertes sanguines qui a pour effet de diminuer les
besoins en fer chez les femmes qui allaitent [10]. Tel qu'indiqué
dans le Rapport des Apports nutritionnels de référence (ANREF), les
besoins en fer sont moins élevés chez les femmes qui allaitent
lorsque leurs menstruations n'ont pas repris. Les besoins en fer ont
d'ailleurs été définis en tenant compte d'une période de six mois
d'allaitement maternel exclusif [11].
Perte de poids
Certaines études démontrent un rythme de perte de poids légèrement
plus élevé, mais statistiquement significatif, chez les femmes qui
allaitent leur bébé exclusivement au sein pendant une plus longue
période.
Les résultats combinés de deux études menées au Honduras indiquent
que les femmes appartenant au groupe d'allaitement exclusif pendant
six mois avaient perdu en moyenne 0,42 kg (1 lb) de plus que les
femmes appartenant au groupe d'allaitement exclusif pendant quatre
mois [8].
Autres données scientifiques examinées
Infections des voies respiratoires supérieures et inférieures
Au niveau de la réduction du taux de maladies respiratoires, les
études ont donné des résultats contradictoires. On suppose donc que
les différences sont faibles à cet égard entre le groupe
d'allaitement maternel exclusif pendant six mois et celui de quatre
mois.
Allergies
Il n'a pas été démontré que le fait de prolonger de deux mois
l'allaitement maternel exclusif réduisait le risque de développer
des allergies. En effet, des données provenant d'une étude de
cohorte prospective avec un échantillon important, ainsi que de deux
autres études de cohorte, indiquent que les deux mois additionnels
d'allaitement maternel exclusif ne sont pas associés à une réduction
du risque d'eczéma atopique, d'asthme ou d'autres manifestations
atopiques [8].
Obésité et développement cognitif
Aucune recherche n'a étudié spécifiquement la relation entre
l'allaitement maternel exclusif pendant six mois plutôt que quatre
mois et l'obésité ou le développement cognitif à long terme.
Incidence au niveau de la pratique
Les preuves scientifiques disponibles justifient la recommandation
sur l'allaitement maternel exclusif pendant six mois, à l'échelle de
la population canadienne. Santé Canada encourage tous les
professionnels de la santé à faire la promotion de cette
recommandation révisée et à la mettre en oeuvre aux niveaux
national, provincial et communautaire. Il faut toutefois tenir
compte de certains facteurs lorsqu'on applique cette recommandation
à l'échelle individuelle.
Au Canada, on recommande que tous les nourrissons nés à terme et en
santé qui sont allaités au sein reçoivent un supplément de vitamine
D de 10 µg/jour (400 UI/j). Cette administration de supplément doit
commencer dès la naissance et se poursuivre jusqu'à ce que
l'alimentation du nourrisson fournisse au moins 10 µg/jour (400 UI/j)
de vitamine D à partir d'autres aliments ou que le nourrisson
allaité au sein atteigne l'âge d'un an [12].
À partir de l'âge de six mois (environ 180 jours), on recommande de
donner au nourrisson des aliments solides ayant une teneur élevée en
nutriments, plus particulièrement en fer, tout en poursuivant
l'allaitement maternel jusqu'à l'âge de deux ans et même au-delà.
Il faut surveiller de près la croissance de tous les nourrissons
ainsi que les maladies dont ils peuvent être affectés, de façon à
pouvoir intervenir efficacement sur le plan clinique [8].
On observe des courbes de croissance différentes chez les
nourrissons allaités au sein et ceux qui reçoivent des préparations
commerciales pour nourrissons[13]. Les courbes de croissance
utilisées actuellement (p. ex., celles du Centres for Disease
Control and Prevention) illustrent un modèle de croissance différent
de celui qu'on observe généralement chez les nourrissons allaités au
sein. Cet état de fait doit être pris en considération lorsqu'on
évalue la croissance d'un nourrisson qui est exclusivement allaité
au sein, de façon à éviter de procéder à des analyses inutiles,
d'avoir recours à une préparation commerciale comme supplément ou
d'introduire précocement des aliments solides.
Les nourrissons nés à terme et en santé dont la mère présentait une
déficience en fer et ceux affichant une hypotrophie néonatale
peuvent être à risque accru de déficience en fer. C'est pourquoi les
professionnels de la santé doivent surveiller de près le statut en
fer chez ces nourrissons.
Certaines mères ne pratiquent peut-être pas l'allaitement maternel
exclusif pendant six mois pour des raisons d'ordre personnel ou
social, ou les deux. De façon à garantir un état de bien-être
nutritionnel optimal au nourrisson, il faut offrir du soutien aux
parents. Il faut bien les informer pour qu'ils soient en mesure de
prendre des décisions éclairées à l'égard de l'alimentation de leur
nourrisson.
Il est important pour la mère qui allaite de maintenir une
alimentation saine et équilibrée en conformité avec le Guide
alimentaire canadien pour manger sainement.
Pour favoriser au maximum la mise en oeuvre de cette recommandation,
il faudra fournir un soutien social approprié aux femmes qui
allaitent. Il faudra redoubler d'efforts au niveau communautaire, de
la santé publique, des hôpitaux et dans les milieux de travail.
Le Programme canadien de nutrition prénatale finance des agences et
des regroupements communautaires pour favoriser l'accès aux services
d'appui social et d'appui à la santé, incluant la promotion de
l'allaitement maternel chez les femmes enceintes confrontées à des
situations à risque pour leur santé et le développement de leurs
bébés.
Santé Canada appuie les efforts du Comité canadien pour
l'allaitement en vue de la mise en oeuvre au Canada de l'Initiative
amis des bébés de l'OMS /UNICEF.
Bien que l'allaitement maternel exclusif pendant deux mois
supplémentaires retarde la réapparition des menstruations, il ne
s'agit vraiment pas d'une méthode contraceptive à toute épreuve.
Incidence au niveau de la recherche future
Étant donné que des études démontrent [14, 15] qu'à l'heure actuelle
la durée de l'allaitement maternel exclusif est considérablement
inférieure à six mois chez les femmes canadiennes, de nouvelles
recherches s'imposent en vue d'identifier des approches rentables, à
l'échelle de la population, permettant d'appuyer la mise en oeuvre
de la présente recommandation. Il faut encourager l'évaluation de
programmes tels que l'Initiative amis des bébés et en diffuser les
résultats.
De nouvelles recherches s'imposent en vue d'évaluer les autres
avantages pour la santé reliés à la prolongation de l'allaitement
maternel exclusif. Par exemple, on recommande de mener des
recherches en vue d'examiner les effets de la prolongation de
l'allaitement maternel exclusif et ceux de la durée totale de
l'allaitement maternel sur la rétention post-partum de poids
corporel à long terme.
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La présente prise de position tient compte des commentaires et avis
du Comité consultatif d'experts sur l'allaitement maternel exclusif.
Voici la liste des membres de ce Comité :
Gail Blair Storr, RN, PhD, University of New Brunswick
Geneviève Courant, MSc, RN, IBCLC, Hôpital regional de Sudbury
James Friel, PhD, University of Manitoba
Roberta Hewat, PhD, RN, IBCLC, University of British Columbia
Michael Kramer, MD, McGill University
Heather Maclean, Ed.D, University of Toronto
Joan Silzer, MSc, Dt.P., IBCLC, Calgary Health Region
Santé Canada souhaite également remercier Judy Sheeshka, du
University of Guelph, qui a préparé un document de discussion en vue
de faciliter les travaux du Comité.
Références
[1] Santé Canada, Nutrition pour une grossesse en santé - Lignes
directrices à l'intention des femmes en âge de procréer.
1999.Ottawa: Ministère des Travaux publics et des Services
gouvernementaux.
[2] Société canadienne de pédiatrie, Les Diététistes du Canada et
Santé Canada. La nutrition du nourrisson né à terme et en santé.
19-24.1998. Ottawa, Ministère des Travaux publics et des Services
gouvernementaux.
[3] Griffin, I.J., Adams, S.A. Iron and breastfeeding. Pediatr Clin
N Am 2001; 48:401-13.
[4] Goldman, A.S. The immune system of human milk: antimicrobial,
anti-inflammatory and immunomodulating properties. Pediatr Infect
Dis J 1993; 12:664-71.
[5] World Health Organization. Promoting proper feeding for infants
and young children. 2004. Geneva. World Health Organization.
http://www.who.int/nutrition/topics/infantfeeding/en/ (Disponible en
anglais seulement)
[6] Organisation mondiale de la santé. Stratégie mondiale pour
l'alimentation du nourrisson et du jeune enfant, Durée optimale de
l'allaitement au sein exclusive. 2001. Genève.
http://www.who.int/gb/ebwha/pdf_files/WHA54/fa54id4.pdf
[7] Kramer, M.S et al. Infant growth and health outcomes associated
with 3 compared with 6 mo of exclusive breastfeeding. Am J Clin Nutr
2003; 78:291-295.
[8] Kramer, M.S., Kakuma, R. The optimal duration of exclusive
breastfeeding. A systematic review 2002,
http://www.who.int/nutrition/publications/
optimal_duration_of_exc_bfeeding_review_eng.pdf
[9] Pisacane, A et al. Iron status in breast-fed infants. J of
Pediatr 1995; 12:429-31.
[10] Dewey et al. Effects of exclusive breastfeeding for four versus
six months on maternal nutritional status and infant motor
development: results of two randomized trials in Honduras. J Nutr
2001; 131:262-7.
[11] Institute of Medicine Food and Nutrition Standing Committee on
the Scientific Evaluation of Dietary Reference Intakes. Dietary
Reference Intakes for Vitamin A, Vitamin K, Arsenic, Boron, Chromium,
Copper, Iodine, Iron, Manganese, Molybdenum, Nickel,Silicon,
Vanadium, and Zinc. 2001.
[12] Santé Canada. Les suppléments de vitamine D chez les
nourrissons allaités au sein : Recommandation de Santé Canada, 2004.
http://www.santecanada.ca/nutrition
[13] Garza, C., de Onis, M. Rationale for developing a new
international growth reference. Food Nutr Bull 2004; 25:S5-141.
[14] Barber, C.M., Abernathy, T., Steinmetz, B., Charlebois, J.
(1997). Using a breastfeeding prevalence survey to identify a
population for targeted programs. C J Public Health 1997;
88:242-245.
[15] Dubois, L., Girard, M. Social determinants of initiation,
duration and exclusivity of breastfeeding at the population level.
The results of the Longitudinal Study of Child Development in Quebec
(ELDEQ1998-2002). C J Public Health 2003; 94:300-305.
This publication is also available in English under the title of:
Exclusive Breastfeeding Duration - 2004 Health Canada Recommendation
Santé Canada fait la promotion de l'allaitement maternel en tant
que meilleure façon qui soit de combler les besoins nutritionnels,
immunologiques et affectifs reliés à la croissance et au
développement du nourrisson [1]. Le présent document traite
uniquement de la mise à jour de la recommandation relative à la
durée de l'allaitement maternel exclusif, formulée en 1998, qu'on
retrouve dans le document La nutrition du nourrisson né à terme et
en santé, page 12 [2]. Il ne s'agit pas d'un guide complet sur
l'allaitement maternel. Le document La nutrition du nourrisson né à
terme et en santé renferme de plus amples informations sur
l'allaitement maternel. Une liste de questions et réponses a été
préparée à l'intention des professionnels en tant que complément du
présent document. On peut la consulter à l'adresse suivante:
http://www.santecanada.ca/nutrition