Etude sur l'environnement: analyse de
certains problèmes d'un point de vue islamique
"La religion est mère de tous les conseils"
Louanges à Allah le Très Clément et Miséricordieux ;
"Ne causez pas de désordre sur la terre après qu'elle ait été
réformée et invoquez Allah avec crainte et espérance car Allah
accorde Sa bienveillance aux bienfaiteurs. C'est Lui qui vous envoie
les vents annonciateurs de Sa Miséricorde, et quand ces vents sont
chargés de lourds nuages, Nous les dirigeons au profit d'une contrée
aride, puis Nous en faisons descendre l'eau et pousser toutes sortes
de fruits. C'est ainsi que Nous ferons aussi sortir les morts;
peut-être vous en rappellerez-vous."
Nous nous en remettons à la Compassion d'Allah Tout Puissant.
(Sourate "El Aaraf" ["Les Limbes"] versets 56-57)
Dr Farouk Hamada
(Professeur, chef de Département d’Études Islamiques. Faculté des
Lettres, Université Mohammed V, Rabat.)
Louanges à Allah Qui a indiqué à Ses serviteurs la voie du Bien et a
promis aux fidèles et aux vertueux la postérité et le succès sur
terre. Prières et Saluts à notre Sidi Mohamed Ben Abdallah, Imam de
ceux qui ont été guidés sur le bon chemin, puissent-ils pleinement
connaître bonheur et succès. Prières et Saluts aux fidèles
Compagnons renommés pour leurs grandes vertus.
Allah le Très Haut a mis à la disposition de Ses créatures les
éléments des cieux et de la terre. Il a permis à Ses fidèles de
profiter de leurs ressources et d'en tirer ce qu'ils peuvent afin de
satisfaire leurs besoins. Les cieux et tout ce qu'ils contiennent,
et la terre avec tous ses continents et ses mers sont au service
permanent de l'Homme, par la grâce d'Allah le Noble et Généreux.
Allah le Très Haut a dit: "Ne voyez-vous pas qu'Allah a assujetti
pour vous tout ce qui est dans les cieux et sur la terre, et qu'Il
vous inonde de Ses bienfaits aussi bien visibles que cachés? Or,
parmi les gens, il s'en trouve qui polémiquent au sujet d'Allah
alors qu'ils n'ont de Lui aucune science, qu'ils n'ont pas été
guidés sur la bonne voie, ni été éclairés par un texte sacré"
(sourate "Luqman", verset 20.)
Allah a dit d'autre part: "Il a assujetti pour vous tout ce qui est
dans les cieux et sur la terre, toutes ces choses qui Lui
appartiennent. Voilà bien des signes pour les gens qui
réfléchissent" (sourate "El Jathia" ["S'Agenouiller"], verset 13.)
"A assujetti pour vous" veut dire ici "a mis à votre disposition,"
et l'assujettissement signifie le fait de montrer et de faciliter,
ou, comme l'a expliqué Erraghib El Asbahani, "le fait de mener par
la force au but visé."
Et quand Allah le Très Haut dit, "Ne voyez-vous pas," Il s'adresse à
l'humanité entière.
Tout ce que renferme le ciel, à savoir le soleil et la lune, les
vents et les pluies, les constellations et les sphères célestes,
représente des avantages qui donnent à l'homme les moyens
d'entretenir et de régler son existence, et finalement de perpétuer
son espèce.
Allah le Très Haut a dit: "C'est Allah Qui a créé les cieux et la
terre et Qui, du ciel, a fait descendre l'eau, puis, par elle, Il a
fait pousser toutes sortes de fruits qui vous sont précieux. Pour
vous, Il a ordonné au bateau de glisser sur la mer. Pour vous, Il a
créé les fleuves et assujetti le soleil et la lune à leur cycle
régulier, à la révolution permanente du jour et de la nuit. Il vous
donne tout ce que vous Lui demandez, et si vous essayez de compter
Ses bienfaits, vous ne saurez les dénombrer. Vraiment, l'homme est
mauvais et mécréant!" (Sourate "Abraham", versets 32-34.)
Allah a dit également : "Il a assujetti pour vous la nuit et le
jour, le soleil, la lune et les étoiles aussi; voilà bien là des
signes pour les êtres doués de sagesse. Et quelle variété de
couleurs dans ce qu'Il a créé pour vous sur terre! Voilà bien là un
signe pour les gens qui comprennent. C'est Lui qui a dompté la mer
afin que vous en retiriez de la chair fraîche pour vous nourrir et
des parures pour vous revêtir. Regardez les bateaux glisser sur
l'eau. Il a créé tout cela afin que vous vous mettiez en quête de Sa
Grâce et que vous L'en remerciez" (sourate "An-nahl" ["Les
Abeilles"], versets 12-14.) De nombreux versets parlent de ces
diverses richesses et les rappellent aux gens de bon sens.
L'homme est la quintessence du cosmos qui a été ordonné, dans
l'ensemble, pour assurer sa tranquillité et son bonheur.
L'homme est limité dans ce cosmos par deux facteurs : le temps et
l'espace qui concourent à déterminer son existence. Il n'y a pas
lieu ici de parler du facteur temps qui ne fait pas l'objet de cette
réflexion. Quant à l'espace, Allah le Très Haut a agencé la terre de
telle sorte qu'elle puisse être à la fois la demeure de l'Homme et
sa tombe, son lieu de naissance et d'enterrement, et son capital
qu'il lègue après sa mort. La terre a donc été conçue dans les
meilleures et les plus simples conditions, comme le précise le Coran
sacré : "La terre est votre demeure de séjour et de jouissance pour
un temps limité "(sourate "El Aaraf" ["Les Limbes"], verset 24.)
Et dans la sourate "Ghafir" ("Le Miséricordieux"), verset 64: "C'est
Allah Qui vous a assigné la terre comme demeure, et le ciel comme
toit..."
Sourate "En-naml" ("Les Fourmis"), verset 61 : "Et Qui donc a créé
pour vous la terre comme demeure, et l'a dotée de rivières?"
Autrement dit, la terre est un abri qui nous a été offert, qui a été
aménagé pour notre confort.
La bienveillance d'Allah le Très Haut et Loué envers Sa créature,
manifeste dans la conception de la vie sur terre, se retrouve dans
sourate "El Baqara" ("La Vache"), verset 22 : "Celui Qui vous a
donné la terre comme lit et le ciel comme toit." Cela revient à dire
que la terre est comme un lit dans lequel nous pouvons nous mettre à
l'aise.
"C'est Lui Qui a créé la terre et y a fait naître des montagnes et
des fleuves" (Sourate "Er-râad" ["Le Tonnerre"], verset 3.)" C'est
Lui Qui vous a assigné la terre comme berceau et vous y a frayé des
chemins" (sourate "Taha", verset 53.)
Le berceau est cette couche confortable prévue pour le nourrisson,
et la terre a été créée pour les créatures d'Allah avec le même soin
qu'on met à préparer un lit de bébé.
"Nous avons créé la terre et y avons fait pousser des montagnes, et
Nous l'avons fertilisée par de belles unions" (sourate "QAF", verset
7.)
Et dans sourate "El Hijr", verset 19 : "Et nous avons créé la terre
; Nous y avons fait pousser des montagnes et se reproduire en son
sein toute chose équilibrée."
Sourate "El Moursalate" ("Les Envoyés"), versets 25-27: "N'avons-Nous
pas désigné la terre comme la demeure des vivants et des morts, et
n'y avons-Nous pas créé de hautes montagnes? Ne vous avons-Nous pas
abreuvés d'eau douce?"
Sourate "El Aaraf" (Les Limbes"), verset 10 : "Certes, Nous t'avons
fait locataire de la terre que Nous avons remplie de vivres pour
toi..."
L'image de la location suggère que l'homme dispose d'un pouvoir de
gestion des choses de la terre et des créatures qu'elle abrite ; de
ce fait, il devient responsable de ce monde, de tout ce que le
Seigneur y a créé et lui a dévoilé.
Par conséquent, le respect de l'équilibre de la nature et des lois
qui régissent la terre et l'environnement de l'homme est la garantie
de la protection de l'espèce humaine et de sa survie. Toute
négligence constitue donc une nuisance et un danger pour l'être
humain.
Dans le but de protéger la terre et l'environnement de l'homme, la
“Charia” a institué deux principes de base. Le premier considère
comme un délit la dégradation de l'environnement et condamne toute
personne jugée responsable à recevoir un châtiment rigoureux. Quant
au deuxième, il traite de la réparation des dégâts, et vise à la
promotion et l'amélioration des structures de base de
l'environnement humain.
Quant à l’interdiction de semer le désordre sur la terre, cela
apparaît dans des textes formels, catégoriques et dans les principes
de la charia, et qui s'appuient sur l'injonction d'Allah le Très
Haut : "N'endommagez pas la terre comme des vandales." Ces paroles
divines apparaissent dans plusieurs sourates du Coran sacré : "El
Baqara" ("La Vache"), verset 60 ; "El Aaraf" ("Les Limbes"), verset
74 ; "Houd", verset 85 ; "Ech-chouâraa" ("Les Poètes"), verset 183 ;
et "El Ankaboute" ("L'Araignée"), verset 36.
"N'endommagez pas la terre," c'est-à-dire, ne la dégradez pas
volontairement et sciemment.
Nous trouvons la même injonction divine dans le verset 56 de la
sourate "El Aaraf" ("Les Limbes") : "Ne semez pas le désordre sur
terre après qu'elle ait été réformée."
Un individu, ou un groupe de personnes qui s'adonnent à la
dégradation de l'environnement attirent donc sur eux la malédiction
divine dont les manifestations sont multiples. Allah le Très Haut a
dit à ce sujet : " Ceux qui ont renoncé à la foi vont sûrement
causer des dommages à la terre et trahir les liens du sang. Allah
maudit ceux-là, et Il les rend sourds et aveugles" (sourate
"Mohammed", verset 22.)
Allah a ajouté : "Et ceux qui rompent leur pacte avec Allah,
désagrègent ce qu'Allah a voulu uni, et détruisent la terre, à eux
la malédiction et la mauvaise demeure" (sourate "Er-râad" ["Le
Tonnerre"], verset 25.)
Puis, dans la sourate "El Baqara" ("La Vache"), verset 27 : "Ceux
qui rompent le pacte qu'ils ont fait avec Allah et désagrègent ce
qu'Allah a voulu uni, et détruisent la terre, ceux-là sont vraiment
de grands perdants."
Et dans la sourate "El Fajr" ("L'Aube"), versets 12-14 : "Ceux qui
s'étaient rebellés à travers le pays et y avaient semé le désordre,
sur ceux-là, la colère d'Allah s'est abattue ; car ton Seigneur
surveille tout."
Dans le contexte du Coran et de la Sunna, le mot 'désordre' signifie
dépassement des limites et déséquilibre, que ce soit par excès ou
par défaut. Dans le texte coranique, il y a un passage qui parle des
formes de désordre les plus dangereuses, qualifiées de ravageuses
pour les cultures et le bétail, autrement dit, destructrices pour
les espèces végétales et animales. Allah le Tout Puissant et Grand a
dit à ce sujet : "Parmi les gens, il y en a dont le discours sur la
vie présente est plaisant et qui prennent Allah à témoin de ce
qu'ils ont dans le coeur alors qu'ils sont vos pires ennemis qui,
dès qu'ils tournent le dos, parcourent la terre pour y semer le
désordre, saccager les cultures et détruire le bétail. Pourtant,
Allah n'aime pas le désordre!" (Sourate "El Baqara" ("La Vache"),
verset 204.)
Le fait de saccager les cultures et de détruire le bétail représente
la ruine de l'avenir de l'humanité, laquelle ruine s'étend
proportionnellement aux dégâts occasionnés. Peut-il y avoir crime
plus grave que cela?
Il est clairement établi dans le Coran sacré que le meurtre d'une
seule personne ouvre la voie au meurtre de l'humanité entière. Allah
nous a dit à ce sujet : " Quiconque tue une personne, à moins que ce
ne soit pour punir le meurtre d'une autre personne ou tout autre
crime odieux, peut être considéré comme ayant tué tous les êtres
humains. Et quiconque sauve une vie a sauvé l'humanité entière"
(sourate "El Maïda" ["La Table servie"], verset 32.)
De cette sourate, on en déduit que saccager l'environnement revient
à tuer toute l'humanité, d'où l'insistance sur la nécessité pour
tous de s'opposer aux fauteurs de troubles sur terre et de les
neutraliser, chacun selon sa situation et ses moyens.
Il existe dans le Coran sacré des passages qui indiquent clairement,
sans aucune ambiguïté possible, le châtiment réservé aux semeurs de
désordre. Allah Tout Puissant a dit : "Il faut punir ceux qui font
la guerre à Allah et à Son Messager et s'efforcent de semer le
désordre sur la terre, soit en les exécutant, soit en les
crucifiant, soit en leur coupant la main et la jambe du côté opposé,
soit en les expulsant du pays. Ainsi connaîtront-ils l'humiliation
ici-bas et un énorme châtiment dans l'au-delà" (sourate "El Maïda"
["La Table"], verset 33.)
Pour confirmer la mise d’un terme à la dépravation en punissant les
personnes nuisibles, la charia prévoit aussi de tuer tout animal ou
insecte dépravateur. Selon le noble hadith de Aïcha (ALB), le
Messager d'Allah (PBAL) a dit : "Il n'est point illicite de tuer le
serpent, le corbeau blanc et noir, la souris, le chien qui mord, et
le milan." ((1) Al Boukhari, As-sayd 4/34. Mouslim 1198. An-Nissaï
5/188. Ibn Maja 3087)
"Le chien qui mord" représente toute bête féroce qui bondit sur les
gens et les blesse, telle que le lion, le tigre, le renard, la
panthère.
Celui qui réfléchit aux problèmes de l'environnement dans le monde
moderne et leurs répercussions sur la santé ne peut que constater
que ces insectes et ces rongeurs nuisibles menacent l'homme, son
bien-être, sa santé, sa nourriture. Ils transmettent la peste, le
choléra, les maladies d'origine bactérienne, sans parler de la
fièvre jaune, la malaria et autres, et ils contaminent une bonne
partie de la nourriture humaine et détruisent les récoltes, dans les
champs et les dépôts, etc.
La répression de la dépravation d’où qu’elle vienne, son éradication
totale, surtout quand il s'agit de protéger les récoltes, est une
noble nécessité et un des principes de base de la Sunna.
Quant au deuxième principe fondamental, qui est le maintien de la
propreté de l'environnement et son renforcement permanent, il est
également établi dans la charia et il fait partie de la finalité de
l'ensemble des messages divins et de la révélation éternelle du
Coran pour tous les êtres sensés. Allah le Très Haut a fait dire à
Son prophète Chouaïb: "Je ne désire qu'une chose : que vous vous
réformiez, et je lutterai dans ce but de tout mon pouvoir avec
l'aide d'Allah. Je m'en remets à Lui, et devant Lui: je me repents
et me prosterne" (sourate "Houd", verset 88.)
D'autre part, Allah a dit, dans la sourate "El Aaraf" ("Les
Limbes"), verset 56 : "Ne semez pas le désordre sur la terre après
qu'elle ait été réformée," et, dans le verset 85 de la même sourate:
"Ne semez pas le désordre sur terre après qu'elle ait été réformée;
vous en serez récompensés si vous êtes croyants."
"Après qu'elle ait été réformée" : la réforme en question remonte à
la nuit des temps. En effet, depuis le début, la terre a été conçue
dans un état harmonieux, c'est-à-dire, sur la base d'une
organisation appropriée pour tout ce qu'elle renferme et surtout
pour l'homme qui est la plus noble créature qu'Allah ait installée
sur terre et pour lequel Il a créé ce que la terre renferme. Allah
le Très Haut a consolidé cet ordre des choses au moyen de lois
révélées par la voix des Messagers, des vertueux, et des sages parmi
Ses sujets auxquels Il a apporté la force de Ses révélations et Ses
prédications. Il a donné inspiration et réussite à Ses sujets qui
ont appris aux autres comment utiliser ce que renferme la terre, et
ce, dans le respect d'un ordre d'où découle le plus grand bien et
qui protège de tout préjudice. Cet ordre naturel et les lois qui le
protègent garantissent à eux deux l'harmonie sur terre car, dans
l'ordre naturel, nous trouvons l'équilibre des choses, tandis que
les lois prévoient des sanctions pour celui qui menace cet
équilibre.
La référence au fait que cet équilibre naturel remonte à des temps
immémoriaux souligne le caractère particulièrement ignoble de tout
acte polluant, de toute détérioration de ce qui est beau et utile.
Il n'y a aucune excuse pour les responsables de tels actes, aucun
droit qui permette aux gens de commettre de tels actes sur terre.
(1) Sheikh Mohammed At-Taher Ben Achour, in At-Tahrir Wat-Tanwir
8/174.
De ce fait, le croyant passera sa vie dans ce monde-ci à oeuvrer
pour l'embellissement et la promotion de l'environnement. Cette idée
se retrouve dans de nombreux passages du Coran qui parlent "des
croyants et des bienfaiteurs." Pris au sens large, le mot "bienfait"
revient dans plus de soixante versets du Coran où il prend une
acception à chaque fois nuancée (ainsi que le mot "réforme") selon
l'époque et le contexte géographique auxquels il s'applique. Allah
nous a assuré que les actions entreprises par les bienfaiteurs en
leurs temps et lieux ne seront pas vaines. Il a également promis de
ne pas abandonner les nations vertueuses et bienfaitrices,
c'est-à-dire celles qui remédient aux dommages causés en leur sein
et se rebâtissent. A celui qui oeuvre pour l'amélioration de son
existence et soigne ses actes, Allah assure la pérennité. A celui
qui oeuvre pour l'au-delà, Allah garantit La Récompense. Quant à
celui qui oeuvre pour les deux mondes, comme l'enjoint de le faire
le Coran, Allah lui accordera le meilleur des deux et lui assurera
la pérennité tant qu'il restera sur la voie de la réforme
perpétuelle. Allah a dit à ce sujet : "Nous ne léserons pas de leur
salaire ceux qui se sont réformés " (sourate "El Aaraf" ["Les
Limbes"], verset 170.)
Et dans la sourate "Houd", verset 117, Allah a dit : "Ton Seigneur
n'aurait pas détruit à tort ces cités si leurs habitants avaient
suivi le droit chemin."
L'interdiction de nuire à l'environnement naturel et humain, et la
persévérance dans le sens de son embellissement et son amélioration,
forment un principe qui découle du point de vue islamique et s'en
nourrit. L'idée de base de ce point de vue est que l'être humain
fait partie intégrante de ce tout, qu'Allah l'a créé à partir de la
terre : "C'est d'elle que Nous vous avons créés, et à elle Nous vous
ferons retourner, et d'elle Nous vous ressusciterons" ("Taha",
verset 55.) La terre est notre mère qui nous rassemble et dont nous
dépendons pour notre existence et notre survie. Les textes de la loi
musulmane dans la tradition sunnite et autres se basent sur ce
principe pour insister sur la nécessité de coopérer et de vivre en
harmonie avec l'environnement. Nous sommes liés aux éléments de la
nature tels que les fleuves, les arbres, les vallées, l'horizon, les
vents, les cols des montagnes, etc. par un pacte de coopération et
d'amitié visant à la réussite de la mission que l'homme a été créé
pour mener à bien.
En levant la tête vers le ciel et en observant l'immensité et
l'éloignement de ses espaces, son horizon infini, les mouvements de
ses astres, l'alternance de ses nuits et de ses jours, et le
changement de ses saisons et de ses climats, le musulman s'exclame :
"Ô Allah qui gère les coeurs, confirme le mien dans Ta religion."
Et lorsqu'il voit apparaître la lune dans le ciel, il s'écrie :"Ô
mon Dieu, fais que cette nouvelle lune soit annonciatrice de
sécurité, de foi et de santé que ce soit une nouvelle lune qui
renforce l'Islam, le bien et la droiture. Allah est mon Seigneur et
le tien."
Lorsque le jour fait place à la nuit, le musulman dit : "Ô mon Dieu,
Créateur des cieux et de la terre, Connaisseur des choses cachées et
apparentes, Maître de toute chose, j'implore Ta protection contre ma
propre méchanceté et celle de Satan."
Quand la lumière du jour disparaît, le musulman accompagne la tombée
de la nuit de ces paroles : "Ô mon Dieu, Tu m'as envoyé la nuit, et
fait disparaître le jour ; j'entends Tes appels, pardonne mes
péchés. Ô Allah, donne-moi les bienfaits de cette nuit, et
protège-moi contre le mal de cette nuit et de celles qui la
suivront; protège-moi contre la fainéantise."
Et lorsqu'il fait jour, il dit : "Voici le matin venu, dont le
pouvoir appartient à Allah, Louanges à Lui. Allah n'a pas d'associé;
il n'y a pas d'autre Seigneur que Lui, et Lui seul a le pouvoir de
faire ressusciter." "Ô mon Dieu, je Te demande les bienfaits de ce
jour, son épanouissement, sa gloire, sa lumière, sa bénédiction, et
son salut. Et j'implore Ta protection contre le mal que ce jour et
ceux qui suivront peuvent porter."
Et lorsqu'il entreprend un voyage, le musulman dit : "Gloire à Allah
Qui nous a facilité ce voyage; c'est à Lui que nous retournons. Ô
Allah, fais que la piété, la foi, et les bonnes oeuvres pour Te
contenter nous accompagnent sur notre chemin. Facilite-nous le
voyage en nous faisant supporter les distances et l'éloignement. Ô
Allah, puisses-Tu nous accompagner tout au long de ce voyage et
veiller sur nos familles; protège-nous contre la fatigue du voyage,
la désolation du paysage, et les malheurs qui pourraient s'attaquer
à notre fortune, nos familles et nos enfants."
Lorsqu'il s'arrête quelque part à la tombée de la nuit, le musulman
s'adresse ainsi à la terre sur laquelle il dépose ses bagages : "Ô
terre, mon Seigneur et le tien, c'est Allah. J'implore la protection
d'Allah contre le mal que toi et les créatures que tu abrites
renferment, celui qu'Il a créé dans tes entrailles et celui qui
rampe sur ta surface. J'implore la protection d'Allah contre
l'attaque du lion, du serpent et du scorpion, de l'habitant de ces
lieux, et de ceux qui procréent et sont procréés."
Et lorsque le vent souffle avec violence, il dit : "Ô Allah, nous
sollicitons les bienfaits de ce vent, de ce qu'il contient et
transmet, et implorons Ta protection contre son mal, celui qu'il
contient et transmet."
Et lorsqu'il voit venir les nuages, il dit: "Ô Allah, fais qu'ils
soient porteurs de miséricorde, et non de malheur. Ô mon Dieu, nous
Te demandons protection contre le mal qu'ils véhiculent."
Et lorsqu'il voit un village ou une ville où il aimerait s'arrêter,
le musulman dit aussitôt après les avoir aperçus: "Ô Allah, Maître
des sept cieux et de ce qu'ils recouvrent, de la terre et de ce
qu'elle abrite, Seigneur des diables et de leurs méfaits, Maître des
vents et de ce qu'ils emportent, nous Te prions de nous accorder
l'hospitalité de ce village et la bonté de tous ses habitants, et
nous implorons Ta protection contre la malfaisance de ses habitants
et de tout ce qu'il contient."
Et lorsqu'il goûte une datte pour la première fois, il dit : "Ô
Allah, bénis nos dattes, bénis notre cité," et il offre la datte au
plus jeune enfant qu'il aperçoit (Extraits de quelques hadiths).. Et
lorsqu'il prend un repas ou une boisson, lorsqu'il se met au lit,...
et lorsque, et lorsque, ... : dans tout ce qu'il fait, le musulman
s'unit à la terre, à l'environnement et à toute la création.
Tous ces exemples, parmi tant d'autres, nous montrent qu'à chaque
fois qu'il contemple la nature, le musulman manifeste un peu de
cette sagesse que lui ont transmise le Coran et la Sunna, et qui lui
permet de s'intégrer et de participer de façon harmonieuse aux
vastes espérances et aux larges horizons de la terre et de la vie.
Le Coran sacré ordonne ainsi à tous les êtres humains de méditer le
sens de toutes les voies qui s'ouvrent dans l'existence, de toutes
les formes de vie sur terre, afin d'en tirer le meilleur profit en
coopérant avec elles, en considérant et en prenant soin de leur
beauté et leur perfection. Allah a dit à cet effet : "Dans la
création des cieux et de la terre, et dans l'alternance de la nuit
et du jour, il y a vraiment des signes pour les êtres doués de bon
sens" (sourate "El Imrane" ["La Famille d'Imrane"], verset 190.)
Allah a également dit: "Loué soit Celui Qui a doté le ciel de
constellations, d'une lampe et d'une lune éclairante. C'est Lui Qui
a ordonné l'alternance de la nuit et du jour pour que vous vous
rappeliez et Lui soyez reconnaissants" ("El Furqane" ["Le
Discernement"], versets 61-62.)
Et, dans la sourate "El Anaam" ("Le Bétail"), verset 99 : "C'est Lui
Qui du ciel fait couler l'eau qui, par Sa volonté, fait bourgeonner
toute la nature. De ces bourgeons, Il fait pousser la verdure de
laquelle Il fait naître les grains serrés les uns contre les autres,
le dattier à la spathe chargée de régimes de dattes ; et aussi des
jardins où vignes, oliviers et grenadiers se confondent mais ne se
ressemblent pas. Regardez-en les fruits, quand ils apparaissent, et
voyez comment ils mûrissent. Voilà bien là des signes, vraiment,
pour les croyants."
Dans la sourate "El Ankaboute" ("L'Araignée"), verset 20, il est dit
: "Voyagez dans le monde, et admirez comment Il a conçu la Création.
Allah créera ensuite la dernière Création."
Et, dans la sourate "El Hijr", verset 16 : "Nous avons doté le ciel
de constellations et l'avons embelli pour celui qui sait regarder."
Allah a ajouté, dans la sourate "Abassa" ("Il s'est Renfrogné"),
versets 24-32 : "Pour que l'homme puisse contempler sa nourriture,
Nous faisons couler l'eau du ciel en abondance ; puis, Nous fendons
la terre et, de ses fentes, Nous faisons pousser grains, vignobles,
herbes nutritives, oliviers, dattiers, fourrés, arbres fruitiers et
alpe verte, dont Nous vous donnons l'usufruit, à vous et à votre
bétail."
Et, dans la sourate "El Aaraf" ("Les Limbes"), verset 185 : "Ne
voient-ils pas le super-royaume des cieux et de la terre, et toute
chose qu'Allah a créée?"
Et aussi, dans la sourate "Er-roum" ("Les Byzantins"), verset 50 :
"Mais regardez les signes de la miséricorde d'Allah, voyez comment
Il redonne vie à la terre mourante."
Et dans plusieurs autres versets, Allah le Très Haut et Glorieux dit
: "Voyagez dans le monde et contemplez," ou "C'est qu'ils voyagent
dans le monde sans contempler."
Ces enseignements coraniques et prophétiques nous éclairent donc sur
le dessein d'Allah le Très Haut, qui est que le musulman s'attache à
l'environnement immédiat dans lequel son Créateur l'a placé. Un
jour, alors qu'il revenait de voyage et scrutait les environs du
haut du Mont Ouhoud, le Prophète aperçut El Madina, la Cité
Illuminée, et s'écria: "Voilà Taba , et voici Ouhoud, le mont qui
nous aime et que nous aimons". Taba ne représente que des maisons,
des pierrailles, des arbres, et du sable, mais il existe une
relation d'amour et d'union entre elle et le musulman,
représentative du sentiment qui unit l'homme à tout ce qui
l'entoure.
L'Émissaire d'Allah (PBAL) a établi une correspondance entre l'homme
et les arbres de la terre, et il a fait des arbres les plus utiles
un symbole d'excellence pour le musulman. Ibn Omar (DLB) raconte à
ce sujet : "Un jour, nous nous trouvions chez le Prophète -que la
Paix et le Salut d'Allah soient sur lui- quand il nous rejoigna,
accompagné d'un groupe de personnes, et nous dit : "Parmi les
arbres, il y en a un dont les feuilles ne tombent pas et qui
ressemble au musulman. Dites-moi quel est cet arbre?" Les gens
pensèrent aux arbres du désert, et Abdallah dit : "Je pense qu'il
s'agit du palmier, mais je n'ose pas le dire". Les gens demandèrent
au Messager d'Allah de quel arbre il s'agissait, et il leur
répondit: "C'est le palmier."(Al Boukhari. Fath Al Bari 1/145.)
Tout dans le palmier est bénéfique. Le palmier n'est nocif pour
aucune autre plante, et il vit en se contentant de peu: il en va de
même pour le musulman.
Un jour, l'Envoyé d'Allah (PBAL) s'est tourné vers ses compagnons
qui l'écoutèrent attentivement, et il leur demanda : "Pensez-vous
que si l’un d’entre vous avait à proximité de chez lui une rivière
où il se laverait cinq fois par jour, est-ce qu’il lui resterait
quelque chose de sa saleté? Non répondirent-ils" (Le Hadith).
L'Envoyé d'Allah (PBAL) a souligné la relation et la ressemblance
qui existent entre les révélations que son coeur a reçues du Ciel et
les réalités terrestres, tant sa conscience de l'environnement et sa
compréhension de l'importance de son impact étaient profondes. Il a
dit à cet effet: "Le savoir dont Allah m'a investi et le chemin du
salut qu'Il m'a indiqué pour remplir ma mission sont aussi
régénérateurs qu'une pluie abondante pour la terre. Une partie de
cette terre absorbe l'eau pour donner naissance au fourrage et à de
nombreux pâturages. Une autre partie, stérile, retient l’eau dont
Allah fait don aux gens pour leur permettre de boire, d'irriguer et
de cultiver la terre. Mais une autre partie de la terre arrosée est
plate et imperméable : elle ne retient pas l'eau, et ne produit rien
du tout...."(Al Boukhari, 1/175. Mouslim, 2282.)
La relation du musulman avec la terre, l'environnement et la vie, ne
se limite pas à quelques aspects seulement, mais elle englobe la
terre et la nature entières car, selon sa conception en tant que
serviteur d’Allah : "La terre appartient à Allah Qui la lègue à Ses
sujets et récompensera les croyants." le musulman s'adresse ainsi à
la terre : "Ô terre, Allah est mon Seigneur et le tien."
La loi musulmane considère la terre entière, dans ses moindres
recoins, comme un lieu de purification et de prières pour le
musulman. C'est ce qui ressort du noble hadith du Prophète (PBAL) :
"La terre m'a été créée comme un lieu de prières et de
purification."(Al Boukhari.) De ce fait, le musulman est porté à
aimer tous les habitants de la terre, ainsi que le souligne le noble
hadith du Prophète (PBAL) : "Ayez pitié de ceux qui sont sur terre,
et Celui Qui est au ciel vous aura en Sa miséricorde."(Abou Daoud
dans son “Sunane”, 4941.)
Dans son esprit, sa foi et sa loi, le musulman parcourt cette grande
mosquée qu’est la terre tout en supprimant le mal et les dangers qui
peuvent guetter les êtres humains. Il sème le bien et s’active à
tous les niveaux à préserver la vie.
Je me propose à présent d'aborder un aspect particulier de la
relation humaine avec l'environnement sur la base du Hadith du
Prophète (PBAL), à savoir la lutte contre la pollution et les
menaces qui pèsent sur l'environnement, ou la promotion de ce qui
est bon et utile.
En plus des moyens de lutte contre le désordre dont nous avons
précédemment traité, tel que le redressement des fautifs, le
Messager d'Allah (PBAL) a attiré notre attention sur des
comportements qui continuent à représenter dans notre vie
contemporaine le grand danger qu'ils ont toujours été, depuis la
nuit des temps, et à causer d'importants dégâts.
Selon Abi Hourayra, le Messager d'Allah a dit : "Les articles de foi
sont au nombre de soixante ou soixante-dix, dont le premier est
celui qui dit qu'il n'y a pas d'autre Seigneur qu'Allah, et le
dernier, celui qui interdit de souiller la voie publique."( Al
Boukhari et Mouslim)
Par "souiller", il faut entendre gêner le passant en remplissant la
voie de pierres, d'arbres, d'os, d'odeurs nauséabondes, de saletés,
etc.
Selon Abi Dharr, le Prophète (PBAL) a dit : "Il m'a été exposé les
œuvres de ma communauté afin que j'examine leurs bons et leurs
mauvais côtés, et j'ai constaté parmi ses bonnes actions le fait
d’ôter de la voie publique tout ce qui peut nuire aux gens. Parmi
ses mauvaises actions, j’ai constaté le fait de ne pas enterrer le
crachat dans la mosquée."(Mouslim : n° 2618. Ibn Maja)
Abi Bourza (ALB) raconte avoir dit au Prophète (PBAL) : "Ô Messager
d'Allah, je ne sais si je mourrai avant ou après toi ; dicte-moi
donc une action pour laquelle Allah me récompensera". Et le Prophète
(PBAL) de répondre : "Fais ceci ou fais cela, mais surtout évite
d'amonceler des ordures sur la voie publique." Et dans un hadith, il
est dit : "Évite de souiller la route des musulmans."(Mouslim n° 57)
Selon Abi Hourayra, le Prophète (PBAL) a dit: "Pour chacun de ses os
l’homme doit une aumône chaque fois que le soleil se lève..." Et de
continuer : " Quand il retire un obstacle de la voie publique, c’est
pour lui une aumône" (Al Boukhari et Mouslim)
Et d'après le hadith d'Ibn Abbès, le fils de l'oncle du Messager
d'Allah (PBAL), il a ajouté : "Lorsque tu écartes un obstacle de la
voie publique c’est comme si tu as prié."(Ibn Khouzaïma dans son
Sahih)
Dans son hadith sur l'Emissaire d'Allah, Abi Dharr dit :
" le fait que tu écartes de la voie publique une pierre, une épine
ou un os gênant le passage des gens, c’est pour toi une aumône."(Al
Bayhaqi)
Abou Hourayra (ALB) rapporte l'histoire suivante racontée par le
Prophète : "Alors qu'il marchait sur une route, un homme trouva une
branche épineuse qu'il écarta ; Allah l'en a récompensé et lui a
pardonné tous ses péchés."(Al Boukhari et Mouslim)
Dans un hadith, il est dit : "J'ai vu un homme entrer au Paradis
après avoir débarrassé la route d'un arbre qui la coupait et qui
portait préjudice aux musulmans."(Mouslim)
Et, dans un autre hadith: "Un homme passa à côté d'un arbre sur la
route et se dit : Par Allah, je vais enlever cet arbre encombrant
pour qu'il ne porte pas préjudice aux musulmans ; et il fut admis au
Paradis."
Comme le Messager d’Allah a voulu et insisté sur l'obligation
d'écarter tout mal de la route des gens et de leur vie en général,
il a insisté en particulier sur les endroits très fréquentés par les
gens et où la pollution affecte leur vie et entraîne de graves
conséquences. Dans son Hadith, le Messager d'Allah (PBAL) a dit : "
Craignez les deux maudits ; et les gens de demander : "Et qui sont
ces deux maudits, Ô Émissaire d'Allah?" "Celui qui fait ses besoins
dans le chemin des gens ou leur abri."(Mouslim)
Dans un autre hadith, l'Émissaire d'Allah a dit : "Gardez-vous des
trois sources de malédiction : la pollution excrémentielle des
points d’eau, de la voie publique et de l’ombre où s’assoient les
gens."(Abou Daoud et Ibn Maja)
Ceci constitue une sérieuse mise en garde contre la pollution des
eaux utilisables, en particulier celle des eaux potables. On
retrouve cette mise en garde dans le hadith de Jaber Ben Abdallah
qui confirme que : "Le Messager d'Allah a interdit d'uriner dans les
eaux dormantes."(Mouslim, An-Nissaï et Ibn Maja)
Dans un récit, il est dit que : "Le Prophète recommande de ne pas
uriner dans les eaux courantes."(At-Tabarani dans son Awsat)
Celui qui persiste dans le mauvais chemin, et refuse de faire le peu
de choses qu'on lui demande, sera encore plus imprévoyant et plus
éloigné d’œuvrer à éviter des dangers menaçant la vie et aussi
grands que les émissions toxiques des usines ou autre phénomène
nocif de quelle nature ou origine soit-il.
L'Islam est l'expression d'une volonté de propreté dans tous les
domaines, et il insiste sur la propreté des habitations
individuelles et collectives. Le Hadith sacré nous intime aussi
l'ordre de nettoyer les mosquées, de les encenser et les purifier.
Aïcha (ALB) rapporte que le Prophète (PBAL) a ordonné que des
mosquées soient construites dans les villages, et maintenues propres
et soignées.(Ahmed, Abou Daoud, At-Tirmidhi, Ibn Khouzaïma, Ibn
Hibbane, et d’autres)
Selon le récit de Samoura Ben Joundab, l'Emissaire d'Allah "nous
enjoint de bâtir des mosquées dans nos villages, en apportant un
soin particulier à leur construction et leur entretien."(Abou Daoud
et At-Tirmidhi)
Par "village", il faut entendre tout groupement de demeures, tout
îlot d'habitations.
Suivant le récit de Saad Ben Abi Ouakkas, le Prophète (PBAL) a dit :
"Allah est bon et Il aime la bonté ; Il est propre et Il aime la
propreté ; Généreux, Il aime la générosité, et Bienveillant, Il aime
la bienveillance. Ne faites pas alors comme les juifs, et nettoyez
vos saletés."(At-Tirmidhi dans son Sunane, al-Adâb dans le chapitre
relatif à la propreté)
Le noble compagnon du Prophète (PBAL), Abou Moussa El Achaâri,
s'adressa ainsi aux habitants de Bassora dont Omar Ben Khattab le
nomma gouverneur: "Omar Ben Khattab m'a nommé auprès de vous afin
que je vous apprenne le Livre d'Allah et la Sunna du Prophète, et
que je prenne soin de vos rues." (Voir Ad-Daremi : Sunane n° 566)
C'est ainsi qu'il ordonna à ceux qui dégageaient des odeurs
désagréables de se tenir loin des rassemblements généraux ou, s'ils
en faisaient déjà partie, d'en sortir, et ce, même s'ils se
trouvaient dans une mosquée. De même, tout fléau nuisible par son
odeur, son aspect, et son pouvoir de propagation devait être écarté
afin d'améliorer la qualité et l'hygiène de vie, et de préserver
ainsi les gens contre tous les maux.
Pour assurer une couverture aussi large et aussi durable que
possible de la santé et du bien-être publics, la loi musulmane
ordonne de faire revivre la terre abandonnée et, par mesure
d'encouragement, elle en donne le droit de propriété à celui qui la
transforme en terre fertile. Suivant le récit de Lalla Aïcha (ALB),
le Prophète a dit : "Quiconque exploite une terre sans propriétaire
est en droit de la posséder."(Al Boukhari dans son Sahih)
D'après Jaber ben Abdallah, le Messager d'Allah (PBAL) a dit:
"Quiconque fait ressusciter une terre morte mérite de la
posséder."(Hadith rapporté par les auteurs des sunanes)
Quiconque retarde l'exploitation d'une terre fertile et prête à
produire, et ce, pour une durée qui dépasse l'entendement et les
usages établis, mérite que cette terre devienne la propriété de
celui qui vient l'occuper et la ressusciter. Omar Ibn Khattab a
écrit aux gouverneurs de toute la contrée : "Celui qui retarde de
trois ans l'exploitation d'une terre met toute autre personne qui
s'y installe pour la faire fructifier en droit d'en devenir
propriétaire."
Un jour, un habitant de Bassora dit à Omar : "La terre de Bassora ne
nuit à aucun musulman, pas plus qu'elle ne lui est rentable. Je vous
prie de me donner le droit d’en devenir propriétaire pour y cultiver
oliviers et herbes vertes nutritives." Omar écrivit alors à Abi
Moussa et lui dit : "S'il en est ainsi, transférez cette terre à cet
habitant."(Fath Al Bari : 5/20)
Les herbes vertes nutritives comprennent les légumes et toute herbe
fine propre à la consommation.
Les hadiths du Prophète confirment l'obligation de cultiver la
terre, de semer et de planter tout ce qui est utile et bénéfique.
D'après le récit d'Anas Ben Malik, le Prophète (PBAL) a dit à ce
sujet : "Tout musulman qui plante un arbre ou sème un champ et qu’un
être humain, un oiseau ou une bête en mangent, se voit inscrire
autant d’aumônes."(Al Boukhari et Mouslim)
D'après Jaber Ben Abdallah, un jour où le Prophète (PBAL) se
trouvait sur les terres d'Oum Mouabid ou Oum Moubchar El Ansaria,
plantées de palmiers, il dit : "Toutes les fois qu’un musulman
plante un arbre ou sème un champ et qu’un être humain, une bête ou
une autre créature viennent en manger, il lui sera compté comme
aumône tout fruit qu’on en mange."(Mouslim)
Et, dans un autre hadith, le Messager d'Allah a dit : "Quiconque a
planté un arbre et veillé sur sa bonne conservation et son entretien
jusqu'à ce qu'il produise ses fruits, est considéré comme ayant fait
une aumône pour chacun de ses fruits.(Ahmad, 3/376)
Les hadiths du Prophète se rapportant à ce sujet sont très nombreux
et incitent les musulmans à sans cesse promouvoir l'agriculture. Le
Prophète (PBAL) a dit : "S'il arrive un jour à l'un d'entre vous de
se retrouver avec un rejeton de palmier et qu'il n'a de cesse de le
planter, alors qu'il le fasse." Ce même conseil est rapporté dans un
récit : "Si le Jour du Jugement dernier arrive et que l’un d’entre
vous détient un rejeton de palmier, qu’il le plante d’abord!"(Ahmad,
3/184-191. Al Bazzar)
Quant à l'eau, qui constitue de nos jours l'une des grandes
préoccupations de l'humanité, elle occupe une place très
particulière dans la vie du musulman pour qui c'est une richesse
énorme dont Allah fait naître les créatures : "Allah a créé d'eau
tout animal" (sourate "An-nour", ["La Lumière"], verset 45.)
C'est l'eau qui entretient la vie : "A partir de l'eau, Nous avons
créé tout être vivant. N'ont-ils donc pas la foi?" (Sourate "El
Anbiyaâ" ["Les Prophètes"], verset 30.)
Et, dans sourate "El Anaâm" ("Le Bétail"), verset 99 : "Et c'est Lui
Qui, du ciel, fait descendre l'eau dont Il fait germer toute chose."
L'eau est un moyen de propreté et de purification : "Et Nous faisons
descendre du ciel une eau pure" (sourate "El Furqane" ["Le
Discernement"], verset 48.)
Il faut remercier Allah pour ce don inestimable qu'est l'eau en la
protégeant et en ne la gaspillant pas. L'économie, le non
gaspillage, constitue donc un principe général de base dans la loi
musulmane. En effet, Allah a dit à ce sujet : "Mangez et buvez, mais
ne gaspillez pas" (sourate "El Aâraf" ["Les Limbes"], verset 31.)
Un jour, le Prophète (PBAL) passa à côté de Saad Ben Abi Oukkas qui
faisait ses ablutions, et il lui dit : " Pourquoi ce gaspillage? Y
a-t-il gaspillage même dans les ablutions? lui répondit Saad. Oui,
ajouta le Prophète, et ce, même avec l'eau courante d'une
rivière."(Ahmad, 22112. Ibn Maja : n° 425)
En voyant un homme faire ses ablutions, l'Émissaire d'Allah (PBAL)
lui dit : "Pas de gaspillage, pas de gaspillage."(Ibn Maja : n° 424)
Suivant les orientations du Coran et de la Sunna, les Compagnons du
Prophète (PBAL) et leurs disciples enseignèrent à des générations
entières que : "Il ne faut pas gaspiller l'eau, même celle des
ablutions, et même si vous vous trouvez au bord d'une rivière."(Fath
Al Bari : 1/234)
L'économie et la bonne conservation de l'eau font partie des plus
grands principes qui gèrent la relation des musulmans avec
l'environnement. Quant à l'usage monopolistique de l'eau, il est
honni d'Allah, surtout quand il met en danger la survie comme c'est
actuellement le cas dans certains pays africains. Dans la Sunna, il
est dit que : "Il y a trois personnes auxquelles Allah n'adressera
pas la parole, pas plus qu'Il ne jettera le regard sur elles, le
Jour du Jugement Dernier: celui qui ment au sujet de sa marchandise
et jure, à tort, qu'il en a donné plus qu'il ne l'a fait ; celui qui
lève la main droite dans l'après-midi et prête un faux serment pour
s'emparer des biens d'un autre musulman ; et celui qui refuse aux
autres l'accès à son eau."
Allah le Très Haut a dit : "Je te refuse l'accès à mes biens tout
comme tu as refusé à autrui celui de ce que tu n'as pas créé de tes
propres mains."(Al Boukhari, 5/43, Muslim, 1/103)
D'après Anas Ben Malik (ALB), Saad Ben Oubada se rendit un jour chez
le Prophète (PBAL) et lui dit : " Ô Emissaire d'Allah, ma mère est
décédée sans laisser de consignes et je ne sais s'il est dans son
intérêt que je fasse l'aumône à sa mémoire. Et le Prophète de
répondre: Oui, et je te recommande pour cela de donner de l'eau." (At-Tabarani,
in his Awsat 2/73)
Saad lui-même raconte avoir demandé au Prophète : "Ô Messager
d'Allah, ma mère est morte ; quelle est la meilleure aumône à faire
à sa mémoire?" "L'eau, répondit le Prophète. Saad fit creuser un
puits et dit : " Ceci est pour la mère de Saad "(Abou Daoud, Ibn
Maja, Ibn Khouzaïma, Al Hakem, Ibn Hibban)
El Berraa Ben Azib raconte: "Un bédouin vint un jour trouver le
Prophète (PBAL) et lui dit : "Ô Messager d'Allah, montre-moi une
action qui m'ouvrirait la porte du Paradis." Et le Prophète de
répondre : "Si bref que soit ton discours, ta requête est
considérable : prête secours dans le besoin ou rachète un captif.
Mais si tu t'en sens incapable, alors, il faut nourrir l'affamé et
étancher la soif de l'assoiffé."(Ahmed, Ibn Hibbane et Al Bayhaqi)
La loi musulmane ordonne d'étancher la soif non seulement d'un être
humain, mais aussi de toute bête de somme et de tout animal capable
d'affection. Selon un hadith authentifié du Prophète (PBAL) : "Un
homme marchait sur la route, sous une chaleur étouffante ; il vit un
puits et y descendit pour étancher sa soif. Lorsqu'il en remonta, il
aperçut un chien tout haletant de soif et se dit : "La soif de ce
chien est aussi grande que l'était la mienne. Il redescendit alors
dans le puits, remplit sa chaussure d'eau, et remonta, la tenant par
les dents. Il en fit boire le chien, et Allah l'en récompensa et lui
pardonna ses péchés. On posa alors la question suivante au Prophète
: "Ô Prophète, avons-nous une récompense si nous traitons bien les
animaux?" Et le Prophète répondit : "Tout bien fait à toute créature
vivante est récompensé"(Malik, Al Boukhari, Mouslim, et d’autres)
Saraka Ben Jaachem demanda au Prophète : "Ô Messager d'Allah, si une
bête égarée se désaltère dans mon abreuvoir; ferai-je une bonne
action en la laissant boire?" "Oui, répondit le Prophète, celui qui
entretient la flamme de la vie sera récompensé." (Ibn Hibbane, dans
son Sahih)
Ben Abdallah Ben Omar rapporte la même histoire.(Ahmad qui s’est
appuyé sur des témoins réputés pour leur probité)
On peut lire dans le hadith sacré que : "Allah Tout Puissant et
Grand a dit :"Ô fils d'Adam, J'ai été malade et tu ne m'as pas rendu
visite." "Ô mon Dieu, comment Te rendre visite alors que Tu es le
Maître de l'Univers?" "Ô fils d'Adam, Je t'ai demandé à boire, et tu
ne m'as rien donné.""Ô mon Dieu, comment t'arroser alors que Tu es
le Maître de l'Univers?" "Mon serviteur t'a demandé de l'abreuver,
en vain ; si tu l'avais fait, tu aurais reçu la même faveur de ma
part."(Mouslim dans son Sahih)
Creuser des puits ou des canaux, et fournir de l'eau à ceux qui en
sont privés, sont parmi les bonnes oeuvres les plus bénies d'Allah.
Le croyant en sera récompensé éternellement, aussi bien sur terre
qu'après sa mort : en effet, ses bonnes actions s'en trouvent
valorisées, et ses mauvaises diminuées.
D'après Abi Hourayra, le Messager d'Allah (PBAL) a dit : "Le croyant
récoltera après sa mort les fruits de toutes les oeuvres de piété,
toutes les bonnes actions qu'il accomplit sur terre, telles
qu'enseigner et divulguer sa science, élever des enfants dans la
vertu, léguer un Livre Sacré, construire une mosquée, bâtir un abri
pour les voyageurs, faire couler une rivière, ou prendre sur sa
fortune personnelle pour faire l'aumône à sa santé et à sa vie."(Ibn
Maja, Al Bayhaqi et Ibn Khouzaïma)
Comme le confirment de nombreux hadiths du Prophète (PBAL), la loi
islamique veut que les hommes se partagent les produits de première
nécessité, à commencer par l'eau. Un Compagnon du Prophète (PSL),
qui faisait partie des immigrés, raconte : "J'ai combattu auprès du
Messager d'Allah que j'ai entendu dire à trois reprises : Les êtres
sont des associés en ce qui concerne trois choses : le fourrage,
l'eau et le feu."(Ahmad et Abou Daoud)
Selon Bahia, son père a demandé au Prophète (PBAL) : "Ô Messager
d'Allah, quelle est la chose que l'on ne peut interdire? L'eau,
répondit le Prophète."(Abou Daoud, Ibn Maja, d’après Aïcha (ALB) et
Ibn Abbas)
Source:
www.isesco.org