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Les différentes méthodes pour apprendre à lire et à écrire

 

Le mot "méthode" désigne la marche à suivre (proposée, conseillée) pour réaliser au mieux une opération mentale, manuelle ou autre. Dans l'enseignement, une méthode décrit un chemin, une progression, des étapes, permettant de passer d'un certain stade de savoir et de savoir-faire à un stade supérieur.

Dans tout domaine, plusieurs méthodes sont concevables, et seule l'expérience permet de sélectionner les plus efficaces. Lorsque le domaine est complexe, comme celui de la lecture et de l'écriture, les expériences sont conditionnées par de nombreux facteurs, par les circonstances, la personnalité des élèves et des enseignants, etc.… L'expérience permet certes d'exclure les méthodes les moins efficaces voire nuisibles, elle ne permet pas de classer rigoureusement les autres.


Dans la pratique, une "méthode d'enseignement" se présente souvent comme un ouvrage imprimé, un manuel, parfois accompagné d'un matériel pédagogique. Il y a ainsi un grand nombre d'ouvrages consacrés à l'enseignement de la lecture et de l'écriture. Mais toutes ces méthodes se rattachent à un petit nombre de méthodes générales.

Au sens strict du terme, il n'existe que deux méthodes d'ailleurs opposées :

- la méthode syllabique ou combinatoire, qui part des lettres, puis passe aux groupes de lettres, aux syllabes pour arriver aux mots, enfin aux phrases ;
- la méthode globale - pure - qui part de la phrase, puis du mot dans son ensemble, dans sa globalité, et qui laisse l’enfant découvrir comment les lettres se combinent pour former des sons.

Un troisième groupe est celui des méthodes mixtes, utilisant des éléments des deux approches, globale et syllabique.

Enfin, nous présenterons quelques-uns des manuels à la disposition des enseignants et des parents

Méthodes syllabiques

Pour beaucoup de Français, il s'agit des méthodes traditionnelles, celles de l'école de Jules FERRY. Elles sont toujours l'objet de perfectionnements.

Leurs points communs sont les suivants :

l'élève apprend dans l'ordre les lettres, la combinaison des sons simples, puis apprend des syllabes et des mots avant de passer aux phrases et aux textes,
la méthode apprend à lire les mots comme synthèse ou combinaison d'éléments : lettres et groupes de lettres
l'élève, même au début, ne lit des mots que parce qu’il en connaît les éléments constitutifs
l'élève sait donc lire des mots qu'il ne connaît pas sous leur forme écrite, par déchiffrage à partir de leurs éléments ; puis il en découvre le sens pour les avoir déjà entendus prononcer, ou encore parce qu’on on les lui explique, et, plus tard, il les cherche dans un dictionnaire
l'apprentissage de l'écriture est étroitement lié à celui de la lecture, et toujours syllabique
l'enseignement mobilise également les capacités visuelles et les capacités auditives de l'enfant : lecture à haute voix.

Les principales variantes concernent :

le recours à des gestes accompagnant chaque lettre ou groupe de lettres
la liaison plus ou moins étroite entre lecture et écriture qui se renforcent mutuellement, cependant que l'écriture consolide l'orthographe.
L'utilisation de lettres mobiles est fréquente

Pour plus de détails, voir la description de certains
manuels
(cliquer sur les liens)

 

Méthode globale

"Méthode de lecture consistant à faire reconnaître aux enfants l'ensemble du mot avant d'en analyser les éléments" (ROBERT).

- origine de l'idée
- une méthode viable mais spécialisée
- la méthode globale et les théoriciens de l'Education Nationale

Origine de l'idée

L'idée est sans doute ancienne ; elle a été formulée à la fin du XVIIIème siècle dans des termes reproduits par L. LURÇAT
" La destruction de l'enseignement élémentaire et ses penseurs" (F.X. de GUIBERT 1998).

Nouvelle manière d'apprendre à lire aux enfants sans leur parler de lettres ou de syllabes…

Prononcez d'abord un mot, par exemple traité… montrez-le lui sur un livre et répétez-lui… il s'accoutumera à joindre le son traité à la vue dont ce mot est composé …
……
Quand vous aurez fait monter (le nombre de mots connus) à trois ou quatre mille et qu'il le saura impeccablement, écrivez-lui … de petites phrases …
Quand votre élève saura lire sans hésiter, faites-lui distinguer les syllabes… et finissez pas les lettres … et vous aurez suivi l'ordre naturel "


Une méthode viable mais spécialisée.

L'idée a été reprise, transposée et adaptée à la réalité au début du XXème siècle.

"Lorsque DECROLY, médecin neurologue passionné de pédagogie, découvre vers 1910 la méthode dite "globale", il l'utilise d'abord pour apprendre à lire aux enfants sourds, dont le handicap rendait le versant phonétique de l'alphabet inutilisable ou, au mieux, ardu à saisir. Puis, considérant que la perception de l'enfant est d'abord syncrétique, il cherche à l'exploiter chez l'entendant.

Partant d'un tout (la phrase) vers la partie (le mot) pour en découvrir l'élément (la lettre ou le graphème) par un travail d'analyse que l'enfant est censé conduire lui-même, cette démarche doit l'amener, par les étapes inverses, à comprendre et à utiliser le processus de synthèse des lettres entre elles. Elle ne perd donc pas de vue, avec l'enfant entendant, le couplage lettreson (…); la synthèse ensuite s'appuie sur leur combinaison. Les textes sont en principe produits par l'enfant lui-même.

La démarche analytique bien conduite mobilise l'œil et l'oreille de l'enfant et s'attache à la structure intime du mot. La syllabation de retour achève de consolider cette structure. Elle limite au symbole graphique l'intervention (de la mémoire) pure. Cette méthode, rigoureuse dans ses étapes, est encore souvent utilisée chez le sourd profond et dans la rééducation de certaines alexies*. Mais elle exige une formation linguistique et phonologique très précise."
*alexie : perte plus ou moins totale de l'aptitude à lire le langage écrit, sans déficit sensoriel.

Extrait de Dyslexie, une vraie fausse épidémie
– Colette OUZILOU – Presses de la Renaissance 2001


La méthode globale et les théoriciens

Ils ont repris, non pas les idées du praticien DECROLY, mais celles de théoriciens du XVIIIème siècle pour définir la "nouvelle méthode ", qui est gouvernée par quelques principes. Ceux-ci résument la pensée des partisans de cette méthode.

- La méthode globale est dénommée la voie « directe » de la connaissance de l'écrit, la méthode syllabique étant elle dénommée comme méthode « indirecte » ; l'élève qui « s'approprie » un mot « en connaît immédiatement le sens. »
- Le mot est appris en tant qu'image globale, que l'enfant "photographie"
- On peut lui demander de reconnaître un mot à sa "silhouette".
- L'élève doit constituer un stock de mots, les mots-outils, représentés par une série d'étiquettes.
- Tous les mots qui ne font pas partie du stock sont illisibles. Mais ils sont, selon les tenants de cette méthode, l'occasion pour l'élève de manifester une attitude active de recherche du sens des mots qu'il ignore ; le "vrai lecteur" est "producteur de sens". L'élève doit chercher à trouver le sens à partir du contexte, et pour cela faire des hypothèses ; il peut procéder par similitude avec des mots connus ou par repérage d'une lettre ou d'un son connu, ou simplement en devinant.
- De ce fait, de même que l'existence de quelques mots inconnus n'est pas considérée comme un obstacle à la lecture, la substitution d'un terme à un autre, si elle conserve le sens général, est admise. Exemple : lire « maman » au lieu de « mère » est parfaitement accepté, puisque le sens est conservé.
- L'activité de l'élève est purement visuelle : la lecture à haute voie est exclue ; l'élève n'apprend pas la correspondance entre les sons et les lettres ou groupes de lettres.
- L'apprentissage de l'écriture consiste à copier l'image des mots sans en connaître les éléments.
- Toute approche combinatoire par la voie dite « indirecte » (lettres ou syllabes) est strictement proscrite ; seul l'élève, à un certain stade, découvrira et constituera le "code" alphabétique.

On retrouve dans ces principes l'application des doctrines de l'éducation nouvelle : démarche "naturelle", spontanéisme, constructivisme.

Les essais d'application en France de la méthode globale dans son intégrité originelle ont entraîné dès le tout début des résultats si catastrophiques, qu’elle a été très vite abandonnée ; ce qui a conduit à une position de repli : les méthodes mixtes.

 

Méthodes mixtes

Il est difficile de formuler une définition des méthodes mixtes en termes positifs. Elles ne sont ni purement globales, ni purement syllabiques. Elles veulent associer l'intérêt pour l'approche globale et la nécessité reconnue d'apprendre la maîtrise du "code" alphabétique à partir des lettres et des sons, simples puis complexes.

Les méthodes mixtes procèdent d'un "départ global". Il s'agit de faire reconnaître et apprendre la correspondance entre lettres et sons à partir de mots qui alors ne sont connus que de façon globale. On utilise pour faciliter la mémorisation des "mots repères", "mots outils", etc…

La difficulté à concilier deux méthodes fondamentalement opposées a conduit à la multiplication des manuels, et a aussi obligé nombre d'enseignants à construire leur propre méthode.

Il existe donc dans la pratique beaucoup de variantes des méthodes mixtes. Outre leur filiation "globale", leur véritable point commun est de se trouver en contradiction avec la méthode syllabique.

 

Les Manuels

Nous appelons ici "manuel" ce qui se présente en général comme une méthode particulière, sous la forme d'un ou plusieurs livres, accompagnés ou non de livrets d'exercices, de guides pédagogiques, de divers matériels pédagogiques.

Chaque manuel fait l'objet ici d'une fiche succincte, qui doit permettre de s'en faire une idée. Cette fiche ne peut pas entrer dans toutes les particularités de la méthode, particularités qui peuvent avoir une grande importance pédagogique.


Les fiches présentées ici concernent exclusivement les méthodes SYLLABIQUES. Leur collection est loin d'être complète, mais elle a vocation à s'accroître avec le temps, sans exclusive.

Les compléments et développements souhaitables pourront se faire grâce aux remarques et compléments d’analyse que nous adresseront professeurs, orthophonistes, médecins, parents.


METHODE FRANSYA (Des parents l'ont utilisé avec succès avec leur enfant dès l'âge de 4 ans.)

LIRE AVEC LEO et LEA et ici (C'est la méthode que j'ai utilisé pour ma deuxième fille, j'en suis super contente ! Ne pas oublier le cahier d'exercice ! Méthode adoptée par de nombreux enseignants)

BIEN LIRE ET AIMER LIRE (J'ai également utilisé les gestes de cette méthode en association avec la méthode précédente (comme le conseille les auteures de celle-ci), succès garantie, surtout auprès des tout-petits)

METHODE MONTESSORI (cette méthode demande beaucoup de matériel que l'on peut fabriquer en partie soi-même, voir www.montessorienfrance.com)

METHODE BOSCHER (la fameuse méthode Boscher !)

METHODE DELILLE

METHODE JEAN QUI RIT (méthode gestuelle qui obtient 100% avec les dyslexiques !)

J'APPRENDS A LIRE AVEC SAMI ET JULIE

METHODE DE LECTURE POUR TOUS LES ENFANTS


 

L'enfant de six ans et le départ global

Pourquoi les méthodes à départ global n'aident pas suffisamment les enfants de 6 ans à " grandir " et ne leur permettent pas toujours de s'engager dans un réel apprentissage de la lecture ?

En encourageant d'abord l'enfant à appréhender le mot écrit dans sa globalité et à mémoriser sa correspondance orale, on le traite en
être immature qui ne peut lire que par reconnaissance des mots ramenés au statut d’image (" photographier ") alors qu'on devrait au contraire l'aider à quitter le registre imaginaire pour accepter les symboles; on le prive d’autonomie puisqu'on ne lui fournit pas d'abord la maîtrise du mécanisme qui permet l'accès au sens . Paradoxalement, alors qu’il s’agit pour l’enfant qui grandit de repérer et d’accepter la différence, on lui demande de rechercher du pareil, du semblable (retrouver le même mot). On le leurre en lui faisant croire qu’il peut lire ainsi, alors qu’il n’en a pas les moyens (l'imaginaire à nouveau). Cette démarche est démagogique (on fait plaisir à l'enfant) mais pas structurante.

Or les enfants un peu immatures se satisfont pleinement de cette situation, glissant rapidement de " photographier " à " deviner". Deviner c'est du côté de l'imaginaire, du tout est possible; l'enfant s'imagine que c'est lui qui peut décider du sens du mot. Il évite ainsi de se confronter à ce qu'un autre a écrit, de se confronter au code.


Mais quand il va s’agir ensuite d’entrer dans le registre du symbolique, de repérer par exemple les correspondances sons/graphies (les chercheurs reconnaissent depuis plusieurs années que c’est un passage obligé), il va leur falloir opérer un virage à 180°. Beaucoup s’accrochent alors au comportement antérieur (que l’adulte lui même a d’abord valorisé), essayant toujours de deviner plutôt que de faire l’effort de lire, c’est à dire de décoder ("déchiffrer") la phrase orale signifiante à partir de la phrase écrite. Il en reste
cette approximation, qui persiste, on le constate, très tard dans le cursus scolaire.

F. Dolto soulignait en 1985 qu'elle était "tout à fait contre cette méthode car elle maintient en régression" (revue Naître et grandir); effectivement au lieu d'aider l'enfant à grandir on le ramène du côté de ce qu'il a précisément du mal à quitter...

Une des justifications des méthodes à départ global consiste à privilégier le sens en proposant d'emblée des textes étoffés. S'agit-il de sens quand l'enfant répète un texte appris par cœur ? Les enfants un peu immatures (ou dont le bagage linguistique est pauvre) se perdent dans la trop grande quantité d'informations proposée.

Le lecteur est à même d’accéder au plein sens d’un message écrit dans l’ exacte mesure où il a discerné les repères que ce message véhicule, repères phonétiques et rythmiques, renvoyant à la structure orale, repères syntaxiques (pluriel : s, ent), structuraux ( = rôle des éléments dans la phrase : a/à, et/est) qui différencient les sens possibles. Il n’y a de sens que s’appuyant sur un code : que p soit différent de b, c’est ce qui évite de prendre boule pour poule ! Le repérage des différences donne seul accès au sens.

L’apprentissage doit donner à l’enfant toutes facilités pour acquérir ce repérage, en s’appuyant sur ce qu’il connaît déjà de la parole et du langage oral.

Dans nos pratiques quotidiennes d’orthophonistes et de psychothérapeutes, nous avons constaté qu’adopter
la démarche inverse (méthodes à départ global) et, voulant privilégier le sens, n’introduire les repères que dans un deuxième temps, conduit à laisser sur le bord du chemin nombre d’enfant qui se "contentent " d’une démarche non repérante (et donc régressive).

L'enrichissement du langage comme l'accès au sens doivent en effet être des objectifs prioritaires au CP ; mais confronter un enfant de 6 ans à des difficultés simultanées conduit le plus souvent à l'échec.

Il est donc préférable de proposer à l' enfant , dans des temps différents :

- d'une part des textes à lire, faciles à comprendre, ne comportant que des mots dont les graphies sont impérativement déjà connues et maîtrisées.

- d'autre part des textes plus complexes qui seront lus par l'adulte, conçus pour permettre le travail sur le langage et la compréhension.


Thérèse CUCHE – Michelle SOMMER
Créatrices de la méthode "LIRE AVEC LEO ET LEA" -
www.leolea.org
Texte intégral consultable sur
www.sauv.net
rubrique Contributions 05/02


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