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La pilule contraceptive
officiellement classée cancérigène
Le Centre
international de
recherche sur le
cancer (Circ),
basé à Lyon (1),
vient d'annoncer
dans un
communiqué que
les
contraceptifs
oestro-progestatifs
sont des
cancérogènes du
groupe 1 – c'est
à dire avec le
niveau de preuve
le plus
important –,
après un examen
complet de la
littérature
scientifique.
Les experts
estiment que la
pilule
contraceptive
augmente le
risque de cancer
du sein, de
cancer du col de
l'utérus et de
celui du foie.
En revanche,
elle diminue
celui de
l'ovaire et
celui de
l'endomètre.
Cette conclusion
paraîtra
abrupte, voire
inconcevable
pour les non
initiés, dans la
mesure où l'idée
de l'innocuité
totale de la
pilule est un
dogme difficile
à remettre en
cause. La
contraception
orale ayant été
l'un des acquis
les plus
importants pour
les femmes du
vingtième
siècle, il n'est
pas question de
l'abandonner ni
de l'accabler de
tous les maux.
Ces conclusions
pourraient
cependant avoir
un impact
important sur la
vie des femmes,
en incitant les
médecins à
arrêter les
prescriptions à
partir d'un
certain âge.
Plus de 100
millions de
femmes prennent
la pilule (sous
forme
d'associations
combinées
oestro-progestatives)
dans le monde,
soit près de 10%
de celles en âge
de procréer.
Près de 80% des
femmes ont déjà
utilisé la
pilule dans les
pays
industrialisés.
C'est désormais
un passage
initiatique
quasi obligé
pour les jeunes
filles avant de
devenir mère et
même souvent
après. Beaucoup
d'études ont
souligné la très
bonne tolérance
de la pilule et
la rareté des
complications
(essentiellement
d'ordre
thrombo-embolique).
En 1999, les
experts du Circ
avait déjà
publié une
première
monographie
relevant que la
pilule
oestro-progestative
augmentait
légèrement le
risque de cancer
du foie.
En juin 2005, un
nouveau groupe
de 21 chercheurs
de huit pays
différents, non
liés à des
firmes
pharmaceutiques,
a été réuni à
nouveau par le
Circ pour
rédiger une
monographie –
mise à jour et
analyses de
toutes les
données – sur le
risque
cancérogène liés
à la
contraception
hormonale et aux
traitements de
la ménopause,
monographie qui
sera publiée
dans quelques
semaines.
Néanmoins, leurs
principales
conclusions sont
d'ores et déjà
disponibles sur
le site internet
du Centre. «Il
existe une
légère
augmentation du
risque de cancer
du sein chez les
utilisatrices
actuelles et
récentes de
contraceptifs
oraux. Mais dix
ans après la fin
de
l'utilisation,
le risque semble
être redevenu
semblable à
celui des femmes
qui ne les ont
jamais
utilisés»,
rapporte le
docteur Vincent
Cogliano (chargé
des monographies
du Circ). Cette
conclusion
repose sur plus
de soixante
études. L'une
des analyses les
plus importantes
sur le sujet,
publiée dans le
journal médical
The Lancet en
1996, porte sur
53 000 femmes
atteintes d'un
cancer du sein,
comparées à 100
000 témoins de
même âge. Elle
concluait
effectivement à
une petite
augmentation du
risque. «Mais, à
l'époque, les
experts du Circ
avaient attribué
cette petite
augmentation à
des biais dans
les études et
non à la pilule
elle-même,
souligne le
docteur Silvia
Franceschi (Circ).
En réanalysant
toutes les
données, nous
avons conclu
cette fois qu'il
y avait bien une
majoration
incontestable
des cancers du
sein sous
pilule, de
l'ordre de 20%.»
Cela n'est pas
majeur, dans la
mesure où le
risque de cancer
du sein chez la
femme jeune
reste faible.
Néanmoins, un
risque même très
faible appliqué
à une très large
population peut
finalement
aboutir à
l'émergence de
quelques cas de
cancer du sein
chez des femmes
jeunes. En
moyenne, tous
âges confondus,
on observe 83
cas de cancer du
sein pour 100
000 femmes par
an en France.
Pourquoi la
pilule
oestro-progestative
majorerait-elle
le risque ?
«Normalement, en
période
d'activité
génitale, les
ovaires d'une
femme sécrètent
pendant dix à
quatorze jours
par mois de la
progestérone,
précise le
docteur
Franceschi. Avec
la pilule
combinée, la
femme est
exposée pendant
trois semaines
aux
progestatifs.
L'association
des progestatifs
aux oestrogènes
pourrait
expliquer ce
risque accru.»
Faut-il pour
autant bannir la
pilule ? «Les
experts
n'avaient pas
pour objectif de
faire des
recommandations
en la matière.
Mais par
exemple, on
pourrait
envisager de
proposer aux
femmes de plus
de 35-40 ans, un
autre mode de
contraception,
dans la mesure
où à partir de
cet âge-là, le
risque de cancer
du sein commence
à croître»,
ajoute Silvia
Franceschi. Les
experts ne
disent pas si
les jeunes
filles ayant des
antécédents
familiaux de
cancer du sein
sont plus
sensibles aux
effets de la
pilule et
devraient
s'abstenir de la
prendre.
Par ailleurs,
selon le Circ,
la pilule
augmente
également le
risque de cancer
du col de
l'utérus. Cette
dernière maladie
est due à un
virus
sexuellement
transmissible,
le
papillomavirus.
Pendant des
années, les
études ont
montré que les
femmes prenant
la pilule
avaient plus de
cancer du col.
Mais
l'interprétation
en était que
celles sous
pilule avaient
plus de rapports
sexuels et
étaient donc
plus à même
d'être infectées
par les
papillomavirus.
Or chez les
femmes porteuses
de ce virus, on
a découvert que
celles sous
pilule
développaient
plus souvent des
cancers du col
que les autres.
Cette conclusion
est surtout
problématique
dans les pays en
voie de
développement où
il n'y a pas
d'organisation
d'un dépistage
de ce cancer par
frottis comme
c'est le cas
ailleurs.
Le Circ a
souligné à
nouveau que la
pilule
multipliait d'un
facteur deux à
trois le risque
de cancer du
foie. Dans la
mesure où ce
cancer est très
peu fréquent (2
cas pour 100 000
femmes par an),
ce cancer reste
très rare pour
les femmes
jeunes. En
revanche, la
pilule
diminuerait le
risque de cancer
de l'endomètre
et de l'ovaire
d'environ 50%,
ce qui est loin
d'être
négligeable. La
réduction serait
d'autant plus
forte que
l'utilisation
serait longue et
persisterait au
moins quinze ans
après l'arrêt.
Au final, les
bénéfices
sont-ils
supérieurs aux
risques ? «Il
est possible que
les bénéfices de
la pilule soient
supérieurs aux
risques, mais ce
n'est pas dans
le champ du Circ
de le montrer,
souligne Vincent
Cogliano. Des
études
d'évaluation
dans chaque pays
sont nécessaires
pour répondre.»
(1) Le CIRC est
un centre
dépendant de
l'Organisation
mondiale de la
santé.
Auteur:
Martine Perez
pour
www.lefigaro.fr
[02 août 2005]
contact:
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