Dr. Sears
Version originale:
http://www.askdrsears.com/html/5/t051200.asp#T051204.
1- les pleurs du bébé - le signal parfait. Les scientifiques ont
depuis longtemps émis l'appréciation que le son des pleurs du bébé a
les trois caractéristiques du signal parfait.
- En premier, un signal parfait est automatique. Un nouveau-né crie
par réflexe. Le nourrisson ressent un besoin qui va déclencher une
inspiration d'air soudaine suivie d'une forte expulsion de cet air
au travers des cordes vocales qui à leur tour vibrent pour produire
le son que nous appelons "pleurs". Durant les premiers temps, le
petit nourrisson ne pense pas "quelle sorte de son va mener à ce que
l'on me nourrisse?", il crie juste de manière automatique. De plus,
ces pleurs sont facilement générés. Une fois que ses poumons sont
remplis d'air, le nourrisson peut initier les pleurs avec très peu
d'efforts.
- Deuxièmement, les pleurs sont adéquatement dérangeants:
suffisamment stridents pour obtenir l'attention de celui ou celle
qui s'en occupe, mais pas au point de lui faire vouloir échapper au
son entièrement.
- Troisièmement, les pleurs peuvent se modifier au fur et à mesure
que l'émetteur et le receveur apprennent à rendre le signal plus
précis.
Le signal émis par chaque bébé est unique. Les pleurs d'un bébé sont
le langage du bébé, et chaque bébé pleure (crie) différemment. Les
chercheurs qui s'intéressent à la voix, appellent ces sons uniques
les empreintes de pleurs, aussi uniques pour un bébé que ses
empreintes digitales.
2. Répondre aux pleurs d'un bébé est biologiquement correct. La mère
est biologiquement programmée pour donner une réponse maternante aux
pleurs du nouveau-né, et pas pour se restreindre. Des changements
biologiques fascinants ont lieu dans le corps de la mère en réponse
aux cris de son enfant. Lorsqu'elle entend son bébé pleurer, la
circulation sanguine augmente dans les seins de la mère,
s'accompagnant d'une impulsion biologique de "prendre dans ses bras
et nourrir". L'allaitement au sein lui-même cause une décharge de
prolactine, une hormone que nous supposons être la base biologique
de ce que l'on appelle "l'intuition maternelle". L'ocytocine,
l'hormone qui déclenche le reflex d'éjection du lait, provoque aussi
des sentiments de relaxation et de plaisir, une manière plaisante de
compenser la tension provoquée par les pleurs du bébé. Ces
sentiments vous aident à aimer votre bébé. Mamans, écoutez les
indices biologiques de votre corps quand votre bébé pleure plutôt
que les donneurs de leçons qui vous disent de faire la sourde
oreille. C'est facile pour eux de vous donner de tels conseils, ils
ne sont pas biologiquement connectés à votre bébé. Rien ne se passe
au niveau de leurs hormones lorsque votre bébé crie.
3. Ignorer ou répondre au signal des pleurs? Une fois que vous savez
apprécier la valeur du signal des pleurs de votre bébé, ce qui
importe c'est de savoir ce que vous en faites. Vous avez deux
options de base: ignorer ou répondre. Ignorer les pleurs de votre
bébé est en général une situation perdant-perdant. Le bébé
complaisant abandonne et cesse de signaler, se renferme, et
finalement se dit que pleurer ne vaut pas le coup, et conclue que
c'est lui qui ne vaut pas le coup. Le bébé perd la motivation de
communiquer avec ses parents, et les parents manquent une
opportunité d'apprendre à connaître leur bébé. Tout le monde perd.
Un bébé avec une personnalité plus persistante -la plupart des bébés
aux besoins intenses- n'abandonne pas si facilement. A la place, il
crie de plus en plus fort et c'est l'escalade dans l'intensité de
son signal, le rendant de plus en plus dérangeant. Vous pourriez
ignorer ce signal persistent de plusieurs manières. Vous pourriez
attendre qu'il ait fini de pleurer, puis le prendre afin qu'il ne
pense pas que ce sont ses pleurs qui ont attiré votre attention.
C'est en fait une sorte de lutte pour le pouvoir. Vous apprendriez
au bébé que vous contrôlez les choses, mais aussi qu'il n'a pas
capacité à communiquer. Cela ferme la communication parent-enfant,
et sur le long terme, tout le monde perd.
Vous pourriez aussi vous désensibiliser complètement, jusqu'à ce que
vous ne soyez plus du tout "dérangé" par les pleurs, et ainsi
apprendre au bébé que l'on ne s'occupe de lui que si c'est "le bon
moment". C'est une autre situation perdant-perdant. Le bébé
n'obtient pas ce dont il a besoin, et les parents se retrouvent dans
un état d'esprit qui ne leur permet pas de profiter de la
personnalité unique de leur bébé.
Vous pourriez aussi prendre votre bébé pour le calmer et le reposer
ensuite parce que "ce n'est pas encore le bon moment pour le
nourrir". Après tout il doit apprendre à être heureux
"indépendamment". Perdant-perdant encore une fois, il va se remettre
à pleurer et vous vous sentirez en colère. Il va apprendre que ses
tentatives de communication, bien qu'entendues, n'obtiennent pas la
réponse adéquate, ce qui peut le mener à ne plus se faire confiance:
"Peut-être qu'ils ont raison. Peut-être que je n'ai pas vraiment
faim".
4. Soyez maternante. L'autre option est de répondre promptement et
de manière maternante. C'est gagnant-gagnant pour le bébé et pour la
mère qui s'appliquent a mettre au point un système de communication
qui les aide tous les deux. La mère répond promptement et
sensiblement, de telle sorte que le bébé sera moins désespéré la
prochaine fois qu'il a besoin de quelque chose. Le bébé apprend à
"crier mieux", d'un manière moins dérangeante puisqu'il sait que sa
mère va venir. Les mères structurent l'environnement du bébé de
sorte à ce qu'il ait moins besoin de pleurer; elle le garde proche
d'elle si elle sait qu'il est fatigué et prêt à dormir. La mère
augmente aussi sa sensibilité aux pleurs, et ainsi leurs donne la
réponse adéquate. Une réponse rapide lorsque le bébé est jeune et
est facilement déstabilisé ou lorsque le cri rend clairement compte
qu'il y a danger; une réponse plus lente lorsque le bébé est plus
vieux et commence à apprendre à régler certains désagréments de son
chef.
Répondre de manière appropriée aux pleurs de votre bébé est le
premier et le plus difficile défi de communication auquel vous allez
faire face en tant que mère. Vous ne maîtriserez ce système qu'après
la répétition des milliers d'appels-réponses des premiers mois. Si
initialement, vous considérez les pleurs du bébé comme un signal
auquel on doit répondre et qui doit être évalué plutôt que comme une
habitude malheureuse à perdre, vous vous ouvrez la possibilité de
devenir experte sur tout ce qui concerne votre bébé. Chaque
signalétique mère-bébé est unique. Voilà pourquoi il est tellement
de courte-vue de la part des "entraîneurs de pleurs" de prescrire
une formule toute faite du genre "laissez-le pleurer 5 minutes la
première nuit, 10 minutes la seconde" et ainsi de suite.
5. Ce n'est pas de votre faute si bébé pleure. Parents, haut les
cœurs ! Si vous réagissez bien à votre bébé et que vous essayez de
lui faire se sentir en sécurité dans ce nouveau monde, vous ne devez
pas penser que c'est de votre faute si votre bébé pleure beaucoup.
De même que ce n'est pas vous qui décidez que votre bébé arrête de
pleurer. Bien sûr, restez ouverts pour apprendre de nouvelles
manières d'aider votre bébé (comme changer de régime alimentaire si
besoin, une nouvelle manière de porter votre bébé) et avertissez
votre médecin si vous suspectez une cause physique derrière les
pleurs. Mais il y aura des moments, lorsque vous ne savez pas
pourquoi votre bébé pleure, vous vous demanderez si le bébé lui-même
le sait. Il y a des fois où le bébé peut simplement avoir envie de
pleurer, ne vous sentez pas désespéré si aucun de vos remèdes
habituels ne marche.
C'est un fait dans la vie de nouveaux parents: bien que les bébés
pleurent pour exprimer un besoin, leur manière de pleurer dépend
aussi de leur propre tempérament. Ne prenez pas les pleurs de votre
bébé contre vous. Votre boulot est de créer un environnement positif
qui fera décroître le besoin de pleurer du bébé, d'offrir des bras
aimants et relaxés pour que le bébé ne pleure pas tout seul, et de
poussez comme vous le pouvez le travail de détective qui consiste à
chercher pourquoi votre bébé pleure et de quelle manière vous pouvez
l'aider. Le reste, c'est le bébé qui décide.
"Lorsque je me sentais déstabilisée dans mon maternage, je demandais
à une mère calme et raisonnée, impartiale, d'observer comment je me
comportais avec mon bébé, un jour typique, chez moi. Bien que je
sache que je suis l'expert en ce qui concerne mon propre bébé,
parfois c'est difficile d'être objective, et la voix de l'expérience
peut apporter de l'aide."
6. Ce que la recherche nous apprend. Les chercheures Sylvia Bell et
Mary Ainsworth ont mené des études dans les années 1970 qui auraient
du mettre a l'index et pour de bon les théories sur les enfants
gâtés. (Il est intéressant que jusqu'à ce moment-là, les auteurs qui
se sont intéressé au développement de l'enfant et qui prêchaient le
"laissez-les pleurer" étaient presque tous des hommes. Il a fallu
que des femmes chercheures commencent à rectifier le tir.) Ces
chercheures ont étudié deux groupes de couples mère-nourrisson. Le
groupe 1 était constitué de mères donnant des réponses promptes et
maternantes aux pleurs de leur enfant. Le groupe 2 était constitué
de mères plus restreintes dans leur réponse. Elles ont trouvé que
les enfants du groupe 1 auxquels les mères avaient répondu tôt et de
manière plus maternante étaient moins portés à utiliser les pleurs
comme moyen de communication lorsqu'ils avaient un an. Ces enfants
semblaient plus sûrement attachés à leur mère et avaient développé
de meilleurs talents de communication, devenant moins pleurnichards
et manipulateurs.
Jusqu'à cette époque, on avait fait croire aux parents que s'ils
prenaient leur bébé dans les bras chaque fois qu'il pleurait, il
n'apprendrait jamais à se calmer et deviendrait encore plus
exigeant.
D'autres études ont été menées pour définitivement abattre les
théories sur les enfants gâtés, montrant que les bébés dont les
pleurs ne recevaient pas de réponse prompte se mettaient à pleurer
plus, plus longtemps, et d'une manière plus dérangeante. Dans une
étude qui comparait deux groupes de bébés en pleurs, dans l'un des
groupes, les nourrissons recevaient une réponse immédiate et
maternante, tandis que dans l'autre groupe, on laissait les enfants
pleurer. Les bébés dont les pleurs recevaient une attention sensible
pleuraient moins par 70%. Les bébés qu'on laissait pleurer par
contre, ne réduisaient pas leurs pleurs. Essentiellement, la
recherche a montré que les bébés dont les pleurs étaient entendus et
auxquels on répondait, apprenaient à "pleurer mieux", les bébés qui
étaient le produit d'un style de maternage plus restreint
apprenaient à "pleurer plus fort". Il est intéressant de noter que
ces études ont montré des différences non seulement dans la manière
de communiquer des bébés avec leurs parents en fonction des réponses
qu'ils obtenaient à leurs cris, mais aussi des différences au niveau
des mères.
Les études ont montré que les mères qui donnaient une réponse plus
restreinte et moins maternante, devenaient graduellement insensibles
aux pleurs de leur bébé, et cette insensibilité se propageait à
d'autres aspects de leur relation parent-enfant. La recherche a
montré que laisser un bébé pleurer gâte toute la famille.
7. Pleurer n'est pas "bon pour les poumons du bébé". Un des exemples
les plus ridicule du folklore médical est le dicton "laissez le
pleurer, c'est bon pour ses poumons". A la fin des années 70, la
recherche a montré que les bébés qu'on laissait pleurer avaient des
rythmes cardiaques qui atteignaient des niveaux inquiétants et
baissaient le taux d'oxygène dans leur sang. Quand les pleurs de ces
bébés étaient calmés, leur système cardiovasculaire retournait
rapidement à la normale, montrant à quel point les bébés
reconnaissaient rapidement l'état de bien-être au niveau
physiologique. Si les pleurs du bébé ne sont pas calmés, il est dans
une détresse aussi bien physiologique que psychologique. La croyance
erronée comme quoi pleurer est sain, survit encore aujourd'hui dans
les échelles du score d'Apgar, une sorte de test que les médecins
utilisent pour évaluer rapidement l'état d'un nouveau né les
premières minutes après sa naissance. Les bébés obtiennent deux
points supplémentaires pour "cris vigoureux". Je me souviens avoir
réfléchi sur ce concept au milieu des années 70 alors que j'étais
directeur d'une pouponnière dans un hôpital universitaire, avant
même de devenir le père d'un bébé aux besoins intenses, ce qui m'a
rendu un ferme opposant du "laissez-les pleurer". Il me semblait que
donner des points pour des cris était insensé physiologiquement. Le
nouveau-né dans un état de veille calme, respirant normalement, et
en fait plus rose que l'enfant qui pleure, perdait des points au
score d'Apgar. Ca me surprend toujours que le plus intrigant des
sons humains, les pleurs du bébé, soit encore aussi incompris.
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