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Porter peut être Salutaire
Poussés par le vent
nouveau de mai 1968,
pleins d'idéaux, et
réalisant combien
les parents étaient
isolés et surchargés
dans notre société
essentiellement
tournée vers la
compétitivité, nous
nous sommes trouvés,
un certain nombre de
femmes, d'hommes et
d'enfants, pour
créer une communauté
de vie et de
travail.
Rétrospectivement,
je me rends
d'ailleurs de plus
en plus compte
combien les enfants
ont été mes
meilleurs
enseignants. Notre
maison était aussi
ouverte à des
personnes ayant fui
les brutalités du
Chili, et qui
s'étaient réfugiées
en Suisse.
Une de ces femmes
portait en
permanence son bébé
tout contre elle.
Elle aurait pu
employer une
poussette que nous
lui aurions
volontiers offerte,
mais elle ne voulait
pas en entendre
parler. A l'époque,
j'ignorais encore
les conséquences
pour nous, êtres
humains, d'être
porté ou non. Mais
j'étais impressionné
par ce que je
voyais: le bébé de
cette femme
participait,
éveillé, à ce qui se
passait dans son
environnement, ne
pleurait jamais, et
communiquait ses
besoins par des
mimiques et des
gestes qu'elle
pouvait
immédiatement
interpréter. Malgré
toute ce vécu de
déracinement, une
grande paix régnait.
Où cette femme
trouvait-elle tant
de force? Dans le
fait qu'elle-même
avait été portée
lorsqu'elle était
enfant?
Intuitivement, les
enfants de notre
communauté ont réagi
à cette manière de
faire: les petits
comme les grands ont
demandé leurs vieux
biberons et leurs
langes, et ont joué
avec des jours
durant, prenant tour
à tour le rôle de la
maman attentive ou
du bébé exprimant
ses besoins. Se
donnaient-ils à ce
moment ce dont ils
avaient tellement
manqué dans leur
prime enfance? Dans
leur jeu, ils
employaient d'abord
"comme d'habitude"
des petits cris de
bébé. Mais le besoin
était réveillé chez
les autres de se
préoccuper avec
amour du bébé, comme
ils le voyaient chez
la maman chilienne,
et le silence
prenait bientôt
place, et on pouvait
observer la plus
grande satisfaction.
C'était
impressionnant de
voir tous ces
enfants en train de
téter leur biberon,
blottis les uns
contre les autres.
Quelques jours plus
tard, la maman eut
l'occasion d'aller
habiter chez des
connaissances, et
s'apprêtait à
prendre congé de
nous. Nina, une
petite fille qui
commençait à peine à
parler, nous annonça
clairement qu'elle
s'appelait aussi
Luca (comme le petit
bébé chilien), et
qu'elle voulait
aussi partir. Sa
maman, de même que
la (nouvelle) maman
étaient d'accord, et
elle fut bientôt
prête, toute fière
avec son petit sac
contenant son pyjama
et son pique-nique.
Ce n'est que deux
jours plus tard
qu'elle appela au
téléphone, pour dire
qu'elle s'appelait à
nouveau Nina, et
qu'elle désirait
rentrer à la maison.
Une fois de retour,
elle annonça,
triomphante, comment
elle avait eu le
droit - comme Luca -
de téter au sein.
Nina bébé n'avait
connu que le
biberon, car à
l'hôpital on avait
déconseillé à sa
mère d'allaiter. Que
Nina ait pu oser
quitter sa mère,
sans avoir peur
d'être rejetée par
la suite, m'a paru
être le signe d'une
relation pleine
d'amour. Le fait de
voir s'épanouir ces
enfants m'a donné
l'envie de me mettre
à la recherche de
mon propre enfant
intérieur, que je
n'avais alors pas
encore trouvé.
Après avoir
expérimenté
intensément et
pendant plusieurs
années diverses
approches
holistiques, j'ai eu
l'occasion de créer
avec une douzaine de
thérapeutes (parfois
en devenir), un
groupe de recherche
et de vie, pour la
durée d'une année.
Nous étions ensemble
chaque jour pendant
6 heures. Pendant
quelques périodes
intensives de 10
jours, nous étions
ensemble 24heures
sur 24. Chacun
tenait
alternativement les
rôles de client ou
de thérapeute, en
engageant sa
responsabilité
personnelle. Nous
avions éliminé tout
jeu de pouvoir dans
cette démarche. Nous
exprimions nos
conflits aussi bien
de manière
émotionnelle que
corporelle, et
sondions nos
sentiments jusqu'à
leurs racines les
plus profondes, dans
la plus petite
enfance, la
naissance, et la
période prénatale.
Certaines
conventions devaient
nous protégeaient de
blessures
extérieures. Pendant
cette période, nous
avons fait des
découvertes
étonnantes: Nous
avons en effet
constaté que
derrière la
sexualité telle
qu'elle est comprise
dans notre culture,
se cache quelque
chose de bien
différent que les
jeux de pouvoir et
de jalousie. Nous y
avons retrouvé entre
autres les désirs
refoulés de nos
bébés intérieurs, de
retrouver leur mère.
Chez les femmes, ce
désir se manifeste
la plupart du temps
par le souhait
d'être tenues dans
les bras d'un homme
(comme elles
auraient souhaité
être tenues dans les
bras de leur mère).
Chez les hommes, on
remarque un besoin
(souvent violent) de
dépasser les limites
posées par les
femmes. Ils essaient
ainsi de camoufler
leur impuissance.
Impuissance à
laquelle ils ne sont
d'ailleurs
confrontés que
lorsque la femme,
déçue de leur
comportement, se
refuse à eux, ou
qu'elle se referme.
Ils sont touchés par
cette douleur
(inconsciente) venue
de la toute petite
enfance, douleur
d'être mis à
l'écart. Hommes et
femmes auraient donc
cette possibilité de
retrouver leur bébé
intérieur, dont ils
sont séparés, s'ils
ne retrouvaient pas
un(e) nouveau(elle)
partenaire.
Le tragique de notre
destinée, à nous
humains, est que
nous essayons de
compenser cet
éloignement forcé de
nos sentiments par
des tentatives
d'explications
scientifiques des
secrets de la vie.
Plus nous nous
éloignons de nos
sentiments, plus
nous en souffrons,
et plus nous
semblons avoir
besoin de croire en
des savoirs
abstraits. C'est
seulement comme ça
que l'on peut
continuer à séparer
les enfants de leur
mère, et les mettre
à l'écart dans un
petit lit, malgré le
fait que l'idée des
naissances en
douceur se répande
de plus en plus.
Comment se fait-il
que ce mécanisme se
propage à travers
les siècles? Comment
se fait-il que les
mythes autant que
les écrits sacrés,
sous forme codée,
nous parlent ainsi
toujours de la perte
de l'unité (le
Paradis), et que
malgré tout, les
références à la
conception, à la
naissance, et aux
premières
expériences de vie
ne soient pas
reconnues comme une
recherche intense de
cette unité perdue?
Selon Franz Renggli,
la séparation des
bébés d'avec leur
mère était déjà un
thème principaux
dans les mythes de
la civilisation des
Sumériens, c'est à
dire 5000 ans avant
Jésus Christ.
Comment se fait-il
que depuis ces temps
immémoriaux, nous
ayions toujours
tendance à détruire
d'abord pour essayer
de guérir ou
consoler ensuite?
Les mythes et les
écrits sacrés sont
des métaphores, et
leur interprétation
est influencée par
le niveau de
connaissance des
hommes qui les
interprètent. D'où
le dilemme: seules
les personnes
pouvant se mettre à
la place d'un
nourrisson et de
ressentir ce qu'il
ressent sont
capables de décoder
ces histoires dans
toute leur
profondeur. Sinon,
il faut considérer
que ce sont des
ignorants qui
indiquent comment
les enfants doivent
grandir, et personne
ne réalise combien
le royaume promis
dans la Bible est à
portée de main.
D'autres indices
pourraient pourtant
nous orienter:
l'être humain vient
au monde pour être
porté, comme
l'attestent les
réflexes
d'agrippement chez
le nouveau-né. Si
son besoin le plus
profond, c'est à
dire d'être porté
contre le corps de
sa mère, n'est pas
reconnu, son
sentiment
d'appartenance est à
jamais perturbé. On
connaît les
conséquences sur les
mammifères lorsque
l'"imprinting" n'a
pas lieu, c'est à
dire l'imprégnation
réciproque par tous
les sens de la mère
et du nourrisson
juste après la
naissance: ils ne se
reconnaissent pas
comme appartenant
l'un à l'autre. Dans
la plupart des
hôpitaux, le
personnel soignant
recommande encore
aux mamans de
coucher leur bébé
dans un petit lit à
côté du leur pendant
la nuit, ou même de
le laisser dans la
pouponnière. Ainsi,
la période cruciale
de prise de contact
sensoriel est
dépassée, contact
déclenché
intuitivement et
naturellement chez
la mère comme chez
le nouveau-né, et
qui offre aux deux
de la joie et de la
sérénité, et qui
permet surtout à
l'enfant de
développer un
sentiment de
confiance. Plus
tard, c'est
justement cette
confiance saine et
profonde qui
permettra aux mères
de s'affirmer quand
des personnes
pleines de théories
leur diront de
mettre leur bébé à
l'écart pendant la
nuit.
Mais la joie de la
maternité peut
encore être
troublée, lorsque le
bébé réveille chez
sa mère la douleur,
jusque là refoulée,
de tout ce qui lui a
manqué dans sa
propre enfance.
C'est une véritable
tristesse qui
arrive! Cette
tristesse demande
alors à être vécue,
et s'exprime dans
les pleurs et dans
la rancune. Mais
elle amène aussi à
reconnaître son
propre petit enfant
intérieur, qui
voudrait autant être
reconnu et accueilli
que l'enfant qui
vient de naître. Les
mères qui ne sont
pas soutenues dans
cette période, ou
qui résistent contre
ces sentiments de
profonde tristesse,
vivent souvent une
dépression
postpartale (la
science officielle
n'a jusqu'à
aujourd'hui pas
réussi à trouver une
explication
satisfaisante à ce
genre de
dépression). Quand
le travail de deuil
de la mère (et du
père, qui autrement
se pose en rival
avec le bébé) n'a
pas lieu, le
nouveau-né est alors
considéré comme un
fauteur de trouble
dans la relation du
couple. Alors, le
bébé va exprimer ses
besoins sous forme
de pleurs (ce qui
est surnommé par la
science officielle
impuissante "les
coliques des 3
premiers mois"), et
va rapidement
submerger ses
parents. Dans leur
détresse, ceux-ci
vont avoir tendance
à se rabattre sur le
moyen le plus
destructeur qui
permet depuis des
millénaires à cette
calamité de se
transmettre de
génération en
génération: mettre à
l'écart le berceau
du bébé dans une
chambre, pour enfin
avoir la paix. C'est
ainsi que la plupart
des gens de notre
culture portent
inconsciemment en
eux la peur d'être,
abandonné. Ce
sentiment d'abandon
est d'ailleurs
adouci dans notre
culture par des
produits de
remplacement: tout
d'abord la sucette,
le biberon, les
jouets; plus tard
les sucreries, le
tabac, les
stupéfiants et
autres produits
addictifs, de même
que des habitudes de
consommation
excessive, de mode,
de vacances
éloignant de la
grisaille
quotidienne.
La folie de la
mobilité reflète
cette situation
particulière car
elle permet de fuir
l'ici et le
maintenant, dans
lesquels ce vieux
sentiment d'être
abandonné refait
surface. De même ce
besoin de posséder,
dont les dirigeants
et autres économes
sont persuadés qu'il
est inné chez l'être
humain, et qui, dans
le monde des
shareholders et
autres acteurs de la
globalisation est
une particularité
bienvenue des
managers, est
intiment lié aux
manques vécus par
les gens dans leur
plus petite enfance.
Qui aurait pensé que
la course à
l'armement est aussi
en relation avec
l'impuissance du
bébé livré à lui-
même dans son petit
lit, et dont les
cris de déception
étaient récompensés
par une baffe? Se
pourrait-il que la
stratégie nucléaire
dissuasive soit une
tentative de tout
prévenir, afin
d'éviter de subir
une situation
d'impuissance
comparable au
sentiment d'abandon
de notre prime
enfance? Se
pourrait-il que
notre chasse au
profit, et aux biens
de consommation à
bon marché qui ont
pour corollaire les
conditions de
travail proches de
l'exploitation chez
nous comme dans les
pays où les salaires
sont misérables,
soit une
compensation d'un
manque précoce? Nous
sommes prêts à
dépenser des
milliards pour des
armes, alors que
nous serrons la vis
des dépenses
urgentes et
indispensables pour
aider les mères et
leurs enfants.
Est-ce qu'il s'agit
là de peurs apparues
dans la petite
enfance qui nous
font prendre des
décisions pareilles
(attisées par des
campagnes dans les
médias)?
Mon expérience de 20
ans, tout d'abord en
tant que participant
à un projet pilote
pour les jeunes
toxicomanes (souvent
devenus
délinquants), puis
comme thérapeute
dans le cadre de
thérapies de
groupes, me fait
dire qu'il existe de
tels liens. Les
enfants qui sont mis
à l'écart sont
humiliés dans leur
dignité humaine.
Cette humiliation
provoque facilement
un affaiblissement
du système
immunitaire, ou des
comportements à
risques; il arrive
aussi que ces
enfants devenus
adultes mettent en
scène des situations
dans lesquelles ils
peuvent
(inconsciemment) se
venger de
l'impuissance subie.
La première attitude
se reflète non
seulement dans nos
statistiques de
maladies et
d'accidents, mais
encore dans le
nombre croissant de
personnes souffrant
de dépressions, ou
qui sont
suicidaires. La
deuxième se retrouve
particulièrement
dans la
pornographie, les
actes de violence et
dans la haine de
l'étranger. Ce n'est
que lorsque nous
reconnaissons ces
liens profonds et
leurs conséquences
que nous réalisons
la portée de la
séparation dans la
petite enfance,
séparation qui se
termine par un
cercle vicieux
social et politique.
La religion (qui lie
à nouveau) aurait dû
aider à sortir de ce
cercle vicieux.
Martin Luther,
fondateur de la
Réforme, et copiste
de la Bible, offre
un exemple frappant
de cet échec. Dans
son intention sans
doute louable de
protéger sa
communauté
religieuse contre le
mal, il répandit
l'opinion selon
laquelle les petits
enfants doivent tout
d'abord apprendre à
rester seuls. Il en
arriva à la
conclusion qu'il
fallait les empêcher
de pleurer par tous
les moyens. Lorsque
cela s'avérait
impossible, il
fallait comprendre
qu'il s'agissait
d'un enfant supposé
(dans les contes de
Grimm, un enfant
échangé - souvent
ensorcelé), qu' il
était juste de
battre à mort, afin
de se protéger du
Diable. Des mères
crédules ont ainsi
abandonné leur
enfant, suivant en
cela des conseils
d'autorités
religieuses (dans
les siècles
précédents, c'était
aussi à cause de
leur détresse
matérielle et
sociale, et de
l'attention
insuffisante portée
à l'éducation des
enfants). La cause
réelle des pleurs du
bébé (l'abandon
mettant en danger sa
vie et le besoin de
proximité) n'a
jamais été reconnue
par des hommes tels
que Martin Luther,
complètement séparés
de leurs sentiments
(suite à des
blessures dans leur
propre enfance).
Nous voyons donc
comment l'Eglise a
été incapable de
sortir de cette
situation
complètement
schizophrène.
On trouve cependant
une exception à ce
drame à Bali,
principalement dans
les peuples non
encore touchés par
notre civilisation.
Un commandement
religieux dit que
les bébés ne doivent
en aucun cas toucher
le sol dans leurs
premiers trois mois
de vie. Ils sont
donc portés par leur
mère. Une de mes
connaissance s'est
rendue sur place, et
a été impressionnée
par la paix et
l'harmonie de ce
peuple, et a
constaté que si les
bébés ne souffrent
pas réellement
physiquement, ils ne
pleurent pas plus de
5 minutes par jour.
Notre société est
encore loin de se
rendre compte de
l'impact de la
séparation
mère-enfant. Nous
avons absolument
besoin de faire
cette démarche, et
de travailler sur
notre propre manque,
afin de réaliser
combien porter les
bébés est essentiel.
Cela ne signifie pas
que les mères
doivent se
sacrifier. Il s'agit
pour les mères de
pouvoir être portées
socialement, et que
la vie sociale soit
organisée de façon à
ce que les enfants
puissent y prendre
part. L'être humain
est capable
naturellement
d'unité et d'amour,
pour autant que ce
don ne soit pas
démoli dans l'œuf.
Les enfants
pourraient nous
montrer le chemin
vers notre propre
enfant intérieur, et
vers un monde de
paix.
Auteur: Willi
Maurer, Aranno
27.1.01
Willi Maurer
accompagne depuis
plus de 20 ans des
personnes à la
recherche
d'eux-mêmes par du
travail corporel et
du travail sur leurs
sentiments. Il
enseigne l'Aïkido,
en lien avec de la
gymnastique
méditative.
Il a décrit ses
recherches et ses
découvertes en
particulier dans le
livre "Zugehörigkeit"
(288p.à tirage
d'auteur, 45.-, que
l'on peut commander
chez Buch2000, 8912
Obfelden, ou
directement chez
l'auteur: Willi
Maurer, Doné, 6994
Aranno
contact:
contact@mamansmusulmanes.com
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